2008年06月5日
[節錄]另擇全球化運動:靠共識已行不通
二、[節錄]另擇全球化運動:靠共識已行不通
[班薩德﹙Daniel Bensaïd﹚ 洪世謙譯]
譯者按:班薩德﹙Daniel Bensaïd﹚ 法國68革命的主要參與者,並於68期間遭法共開除。現為法國基進左派的工運份子,巴黎第八大學哲學系教授,有許多關於另擇全球化運動著作。本文是班薩德參加於巴塞隆納舉行,主題為「全球革命:抵抗,另擇、策略」﹙« Revolta Global : Resistèncias, alternatives, estratègies »﹚的集會。接受La Vanguardia 日報記者Maricel Chavarría的專訪。註釋皆為譯者註。原文載於 http://alternatives-international.net/article1839.html
在兩年的密集反戰抗議以及頻繁的社會論壇之後,另擇全球化運動面對怎樣的挑戰?短短時間內,這個運動的進展驚人。它一開始是以反自由主義為訴求,轉而進行全球化批判,力主「世界不是商品」,在隨後反戰時保持此一立場。基進左派取得了主動權,但他們卻沒有獲得重大的勝利:入侵伊拉克最終還是發生了。這是政黨重新獲得力量的緣由。人們對政黨沒有太高期待,但他們重新變成較輕的惡。
社會運動的政治化是否不可避免?
無法在政治上組織起來,便會產生出挫折感。運動是做起來了,但在政治與選舉方面卻沒有代表。開啟一個政治空間不是件簡單的事,然而這就是挑戰。重心再度回到社會運動時,此時將會更持衡,也更多爭論:在下屆阿雷格利港論壇時,討論Lula政府的施政藍圖是無可避免的。
政黨接受另擇全球化論述會是正面的嗎?
一方面,我們可以將此視為成功;但有其風險:運動最終可能隨著社會-自由派政府,採取最輕的惡的現實取向政策﹙欺瞞激化了極左和極右派﹚。還有另一重危險:運動裡的重要部門放棄改變政治中的力量關係,最終成為一個純壓迫集團。
[班薩德﹙Daniel Bensaïd﹚ 洪世謙譯]
譯者按:班薩德﹙Daniel Bensaïd﹚ 法國68革命的主要參與者,並於68期間遭法共開除。現為法國基進左派的工運份子,巴黎第八大學哲學系教授,有許多關於另擇全球化運動著作。本文是班薩德參加於巴塞隆納舉行,主題為「全球革命:抵抗,另擇、策略」﹙« Revolta Global : Resistèncias, alternatives, estratègies »﹚的集會。接受La Vanguardia 日報記者Maricel Chavarría的專訪。註釋皆為譯者註。原文載於 http://alternatives-international.net/article1839.html
在兩年的密集反戰抗議以及頻繁的社會論壇之後,另擇全球化運動面對怎樣的挑戰?短短時間內,這個運動的進展驚人。它一開始是以反自由主義為訴求,轉而進行全球化批判,力主「世界不是商品」,在隨後反戰時保持此一立場。基進左派取得了主動權,但他們卻沒有獲得重大的勝利:入侵伊拉克最終還是發生了。這是政黨重新獲得力量的緣由。人們對政黨沒有太高期待,但他們重新變成較輕的惡。
社會運動的政治化是否不可避免?
無法在政治上組織起來,便會產生出挫折感。運動是做起來了,但在政治與選舉方面卻沒有代表。開啟一個政治空間不是件簡單的事,然而這就是挑戰。重心再度回到社會運動時,此時將會更持衡,也更多爭論:在下屆阿雷格利港論壇時,討論Lula政府的施政藍圖是無可避免的。
政黨接受另擇全球化論述會是正面的嗎?
一方面,我們可以將此視為成功;但有其風險:運動最終可能隨著社會-自由派政府,採取最輕的惡的現實取向政策﹙欺瞞激化了極左和極右派﹚。還有另一重危險:運動裡的重要部門放棄改變政治中的力量關係,最終成為一個純壓迫集團。
大體而言,另擇全球化者拒絕歐洲憲法...
它支持以民主與社會基礎重建憲法,伴隨著某些社會聚合的判準:社會安全、工作、薪資,也就是一種公共部門的,以整個歐洲為範圍的積極政策。它捍衛那些沒有在當前條約裡的權利﹙終止懷孕權、反對制定在911之後的反恐法,主張與南方國家團結﹚。這部憲法毫不掩飾地提倡某種大型自由市場,參雜了一些社會避震功能,但被人批判,其中還包括了一些古典自由主義哲學的觀點,因為這部憲法沒有遵守權力分立:歐洲理事會同時是立法者和執行者。
一如Zapatero﹙西班牙總理﹚,法國社會黨支持這次的歐憲草案…
法國社會黨試圖在辯護中再度擦亮它的招牌,訴諸一種全歐洲的凱恩斯式政策。然而,在不重建央行的貨幣政策管制,以及不重開設正被摧毀的公共部門的情況下,如何辦到此點?在法國社會黨內,考量了哪些理由而支持贊成?恐懼:「若否決獲勝,將引發混亂」。我不這樣認為,因為國際條約有其步調,並且這步調不會一夜之間消失。另一個論點則是:有必要「創造一個與美國的制衡體」。然而,哪種制衡?若它的重點只是在實力領域的競爭,美國的軍事預算就將近國際軍事支出的半數了,還超過歐盟軍事預算兩倍有餘。真正的競爭應是建立在社會模式的領域:另一種可供選擇的社會,另一種與南方國家合作的模式,另一種能源政策。還有一個社會空間。
創造一種立場一致的社會網絡會是一種對於恐懼的解毒劑?
這是一個施力點,但卻無法解決問題。全球的社會運動進入了矛盾的階段:靠共識拓展運動的時代,已經走到盡頭了。當世界社會論壇集會時,我們無法避免在批判巴西的左派以及支持政府的左派間的衝突極化。
在法國,68革命與現今的運動,有哪些不同
新自由主義的反改革。68革命是場幸福的罷課﹙工﹚,幾乎沒有失業,不用恐懼未來,沒目的的進步觀風行。然而,當前朝不保夕,我們所處的此刻很難讓人建構出一套政治計畫,這很合理。我的學生們並非對政治冷漠,他/她們看在眼裡、他們走上街頭,但僅僅極少數人對未來抱持希望。這不是60年代的殖民革命,雖然在嘉泰隆尼亞(Catalogne)(註一),反戰運動還是挺讓令人印象深刻的。
你們覺得自己是「最後的摩希根人﹙dernier Mohican﹚(註二)」嗎?
我們就是,而且恰如其分。年輕人要求找回一種記憶,他們不認為老一代的是群瘋子。後95(註三)的世代給人另一種感覺 :對待個人日常生活,更自由也更保守,較少大言獻身。兩者對比鮮明,而讓這兩種文化並存則會是一種成就。
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(註一)嘉泰隆尼亞(Catalogne) 於1979年後,取得西班牙的自治權,享有教育、衛生、警政、教育、語言與醫療等自主權。2005年11月3號,嘉泰隆尼亞議會通過一項新自治法,並隨後送交西班牙國會討論。於此期間西班牙的右派保守勢力以及部份軍事將領,恫嚇將以武力制止該項法案通過。於是引起Catalogne人士抗議並揚言獨立,雙方氣氛劍拔弩張。最後西班牙政府於2006年1月,以修正部份法案的方式,避免該法案牴觸西班牙憲法,在西班牙國會以197票對146票、1票棄權通過該法案。2006年6月18日由加泰隆尼亞舉辦地方擴大自治權的公民投票,結果贊成比例達73.9%。
(註二)出自James Fenimore Cooper的小說﹙The Last of the Mohicans﹚,這裡引申為捍衛自己土地、追求自由,與外來入侵者殊死抵抗之人。
(註三)指1995年大罷工後,新一代的工運份子。1995年,席哈克—居沛政府提出改革退休金計劃及削減醫療補貼的法案,工人發動長達8周的大罷工,導致全國交通癱瘓。最後席哈克退回該項法案,總理居沛(Juppé)下台。
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原文:
Mouvement altermondialiste : l’expansion par consensus s’épuise
Entrevue avec Daniel BENSAÏD
mardi 4 mars 2008
Après deux années d’intenses protestations contre la guerre et des forums sociaux très fréquentés, quels défis affronte le mouvement altermondialiste ?
En peu de temps, ce mouvement a avancé de manière spectaculaire : il a commencé par des revendications anti-libérales, il est passé à la critique globale en affirmant « Le monde n’est pas une marchandise » pour prendre position ensuite contre la guerre. Les gauches radicales ont pris l’initiative, mais elles n’ont pas obtenu de victoires significatives : l’invasion de l’Irak a finalement eu lieu. C’est pour cela que les partis politiques reprennent force. On n’attend pas beaucoup d’eux, mais ils redeviennent le moindre mal.
La politisation des mouvements sociaux est-elle inévitable ?
L’incapacité de s’organiser politiquement génère la frustration. Le mouvement s’agite, mais il n’a pas de représentation dans les cadres politique et électoral. Ouvrir un espace politique ne sera pas une chose facile, mais le défi est là. Le centre de gravité s’est reporté sur les mouvements sociaux, mais maintenant il sera plus équilibré et plus polémique : lors du prochain forum de Porto Alegre, il sera inévitable de discuter le bilan du gouvernement Lula.
Est-il positif que les partis assument le discours altermondialiste ?
D’une part, on peut considérer qu’il s’agit d’un succès ; mais le risque existe que le mouvement finisse par accompagner les gouvernements sociaux-libéraux, en s’adaptant à des politiques réalistes du moindre mal (la déception radicalise les extrêmes, à gauche et à droite). Il y a un autre danger : que des secteurs importants du mouvement renoncent à combattre pour changer le rapport de forces politique et finissent par être un simple groupe de pression.
En général, l’alter-mondialisme rejette la Constitution européenne...
Il défend une refondation démocratique et sociale de cette Constitution, avec des critères de convergences sociales : la sécurité sociale, l’emploi, les salaires, c’est-à-dire une politique active du service public à l’échelle européenne. Il défend ce qui ne se trouve pas dans le traité actuel (le droit à l’avortement, l’opposition à la législation anti-terroriste édictée après le 11 septembre 2001, la solidarité avec les pays du Sud). Cette Constitution qui propose sans détours un grand marché libéral, avec quelques amortisseurs sociaux, est critiquée, y compris du point de vue de la philosophie libérale classique, parce qu’elle ne respecte pas la division des pouvoirs : le Conseil de l’Europe est à la fois législatif et exécutif.
Tout comme Zapatero [premier ministre espagnol], le Parti socialiste français appuie cette Constitution...
Le PS français tente de redorer son blason en plaidant pour une politique keynésienne à l’échelle européenne. Mais comment le faire sans rétablir le contrôle de la politique monétaire par rapport à la Banque centrale, et sans relancer les services publics qui sont en train d’être détruits ?
Quels arguments ont pesé en faveur du Oui, au sein du PS français ?
La peur : « si le Non gagne, ce sera le chaos ». Je n’y crois pas, parce que les traités internationaux ont leur rythme et ne disparaissent pas du jour au lendemain. Autre argument : la nécessité de « créer un contrepoids aux Etats-Unis ». Mais quel type de contrepoids ? S’il s’agit d’être compétitif sur le terrain de la puissance, les Etats-Unis ont un budget militaire qui représente près de la moitié des dépenses militaires internationales et plus du double du budget militaire de l’Union européenne. La véritable compétition se situe sur le terrain du modèle social : une autre option de société, un autre type de coopération avec le Sud, une autre politique énergétique. Et un espace social.
Créer un réseau social cohérent serait un antidote à la peur ?
C’est un point d’appui, mais cela ne résout pas le problème. Les mouvements sociaux à l’échelle mondiale entrent dans une phase de contradiction : le cycle d’expansion du mouvement par consensus s’épuise. Lors de la réunion de Porto Alegre, on ne pourra éviter la polarisation entre la gauche critique brésilienne et la gauche gouvernementale.
Quelle est la différence entre le mouvement de mai 68 en France et le mouvement actuel ?
La contre-réforme néolibérale. Le mouvement de 68 était une grève heureuse, pratiquement sans chômage, sans peur du futur, l’idée du progrès sans fin prévalait. Mais il est logique que, dans la précarité acuelle, on vive au présent, ce qui rend difficile la construction d’un projet politique. Mes étudiant-e-s ne sont pas indifférents à la politique, ils/elles s’informent, se manifestent, mais seule une minorité y croit à long terme. Ce n’est pas la révolution coloniale des années 60... bien qu’en Catalogne le mouvement anti-guerre ait été impressionnant.
Vous sentez-vous comme un « dernier Mohican » ?
Nous le sommes, mais cela nous convient parfaitement. Les jeunes demandent à récupérer une mémoire, ils ne pensent pas que les vieux étaient des fous. La génération post-95 a une autre sensibilité, plus libertaire et plus conservatrice de la vie quotidienne personnelle, avec moins de rhétorique du sacrifice. Le contraste est notable et c’est un succès que ces deux cultures coexistent.
它支持以民主與社會基礎重建憲法,伴隨著某些社會聚合的判準:社會安全、工作、薪資,也就是一種公共部門的,以整個歐洲為範圍的積極政策。它捍衛那些沒有在當前條約裡的權利﹙終止懷孕權、反對制定在911之後的反恐法,主張與南方國家團結﹚。這部憲法毫不掩飾地提倡某種大型自由市場,參雜了一些社會避震功能,但被人批判,其中還包括了一些古典自由主義哲學的觀點,因為這部憲法沒有遵守權力分立:歐洲理事會同時是立法者和執行者。
一如Zapatero﹙西班牙總理﹚,法國社會黨支持這次的歐憲草案…
法國社會黨試圖在辯護中再度擦亮它的招牌,訴諸一種全歐洲的凱恩斯式政策。然而,在不重建央行的貨幣政策管制,以及不重開設正被摧毀的公共部門的情況下,如何辦到此點?在法國社會黨內,考量了哪些理由而支持贊成?恐懼:「若否決獲勝,將引發混亂」。我不這樣認為,因為國際條約有其步調,並且這步調不會一夜之間消失。另一個論點則是:有必要「創造一個與美國的制衡體」。然而,哪種制衡?若它的重點只是在實力領域的競爭,美國的軍事預算就將近國際軍事支出的半數了,還超過歐盟軍事預算兩倍有餘。真正的競爭應是建立在社會模式的領域:另一種可供選擇的社會,另一種與南方國家合作的模式,另一種能源政策。還有一個社會空間。
創造一種立場一致的社會網絡會是一種對於恐懼的解毒劑?
這是一個施力點,但卻無法解決問題。全球的社會運動進入了矛盾的階段:靠共識拓展運動的時代,已經走到盡頭了。當世界社會論壇集會時,我們無法避免在批判巴西的左派以及支持政府的左派間的衝突極化。
在法國,68革命與現今的運動,有哪些不同
新自由主義的反改革。68革命是場幸福的罷課﹙工﹚,幾乎沒有失業,不用恐懼未來,沒目的的進步觀風行。然而,當前朝不保夕,我們所處的此刻很難讓人建構出一套政治計畫,這很合理。我的學生們並非對政治冷漠,他/她們看在眼裡、他們走上街頭,但僅僅極少數人對未來抱持希望。這不是60年代的殖民革命,雖然在嘉泰隆尼亞(Catalogne)(註一),反戰運動還是挺讓令人印象深刻的。
你們覺得自己是「最後的摩希根人﹙dernier Mohican﹚(註二)」嗎?
我們就是,而且恰如其分。年輕人要求找回一種記憶,他們不認為老一代的是群瘋子。後95(註三)的世代給人另一種感覺 :對待個人日常生活,更自由也更保守,較少大言獻身。兩者對比鮮明,而讓這兩種文化並存則會是一種成就。
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(註一)嘉泰隆尼亞(Catalogne) 於1979年後,取得西班牙的自治權,享有教育、衛生、警政、教育、語言與醫療等自主權。2005年11月3號,嘉泰隆尼亞議會通過一項新自治法,並隨後送交西班牙國會討論。於此期間西班牙的右派保守勢力以及部份軍事將領,恫嚇將以武力制止該項法案通過。於是引起Catalogne人士抗議並揚言獨立,雙方氣氛劍拔弩張。最後西班牙政府於2006年1月,以修正部份法案的方式,避免該法案牴觸西班牙憲法,在西班牙國會以197票對146票、1票棄權通過該法案。2006年6月18日由加泰隆尼亞舉辦地方擴大自治權的公民投票,結果贊成比例達73.9%。
(註二)出自James Fenimore Cooper的小說﹙The Last of the Mohicans﹚,這裡引申為捍衛自己土地、追求自由,與外來入侵者殊死抵抗之人。
(註三)指1995年大罷工後,新一代的工運份子。1995年,席哈克—居沛政府提出改革退休金計劃及削減醫療補貼的法案,工人發動長達8周的大罷工,導致全國交通癱瘓。最後席哈克退回該項法案,總理居沛(Juppé)下台。
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原文:
Mouvement altermondialiste : l’expansion par consensus s’épuise
Entrevue avec Daniel BENSAÏD
mardi 4 mars 2008
Après deux années d’intenses protestations contre la guerre et des forums sociaux très fréquentés, quels défis affronte le mouvement altermondialiste ?
En peu de temps, ce mouvement a avancé de manière spectaculaire : il a commencé par des revendications anti-libérales, il est passé à la critique globale en affirmant « Le monde n’est pas une marchandise » pour prendre position ensuite contre la guerre. Les gauches radicales ont pris l’initiative, mais elles n’ont pas obtenu de victoires significatives : l’invasion de l’Irak a finalement eu lieu. C’est pour cela que les partis politiques reprennent force. On n’attend pas beaucoup d’eux, mais ils redeviennent le moindre mal.
La politisation des mouvements sociaux est-elle inévitable ?
L’incapacité de s’organiser politiquement génère la frustration. Le mouvement s’agite, mais il n’a pas de représentation dans les cadres politique et électoral. Ouvrir un espace politique ne sera pas une chose facile, mais le défi est là. Le centre de gravité s’est reporté sur les mouvements sociaux, mais maintenant il sera plus équilibré et plus polémique : lors du prochain forum de Porto Alegre, il sera inévitable de discuter le bilan du gouvernement Lula.
Est-il positif que les partis assument le discours altermondialiste ?
D’une part, on peut considérer qu’il s’agit d’un succès ; mais le risque existe que le mouvement finisse par accompagner les gouvernements sociaux-libéraux, en s’adaptant à des politiques réalistes du moindre mal (la déception radicalise les extrêmes, à gauche et à droite). Il y a un autre danger : que des secteurs importants du mouvement renoncent à combattre pour changer le rapport de forces politique et finissent par être un simple groupe de pression.
En général, l’alter-mondialisme rejette la Constitution européenne...
Il défend une refondation démocratique et sociale de cette Constitution, avec des critères de convergences sociales : la sécurité sociale, l’emploi, les salaires, c’est-à-dire une politique active du service public à l’échelle européenne. Il défend ce qui ne se trouve pas dans le traité actuel (le droit à l’avortement, l’opposition à la législation anti-terroriste édictée après le 11 septembre 2001, la solidarité avec les pays du Sud). Cette Constitution qui propose sans détours un grand marché libéral, avec quelques amortisseurs sociaux, est critiquée, y compris du point de vue de la philosophie libérale classique, parce qu’elle ne respecte pas la division des pouvoirs : le Conseil de l’Europe est à la fois législatif et exécutif.
Tout comme Zapatero [premier ministre espagnol], le Parti socialiste français appuie cette Constitution...
Le PS français tente de redorer son blason en plaidant pour une politique keynésienne à l’échelle européenne. Mais comment le faire sans rétablir le contrôle de la politique monétaire par rapport à la Banque centrale, et sans relancer les services publics qui sont en train d’être détruits ?
Quels arguments ont pesé en faveur du Oui, au sein du PS français ?
La peur : « si le Non gagne, ce sera le chaos ». Je n’y crois pas, parce que les traités internationaux ont leur rythme et ne disparaissent pas du jour au lendemain. Autre argument : la nécessité de « créer un contrepoids aux Etats-Unis ». Mais quel type de contrepoids ? S’il s’agit d’être compétitif sur le terrain de la puissance, les Etats-Unis ont un budget militaire qui représente près de la moitié des dépenses militaires internationales et plus du double du budget militaire de l’Union européenne. La véritable compétition se situe sur le terrain du modèle social : une autre option de société, un autre type de coopération avec le Sud, une autre politique énergétique. Et un espace social.
Créer un réseau social cohérent serait un antidote à la peur ?
C’est un point d’appui, mais cela ne résout pas le problème. Les mouvements sociaux à l’échelle mondiale entrent dans une phase de contradiction : le cycle d’expansion du mouvement par consensus s’épuise. Lors de la réunion de Porto Alegre, on ne pourra éviter la polarisation entre la gauche critique brésilienne et la gauche gouvernementale.
Quelle est la différence entre le mouvement de mai 68 en France et le mouvement actuel ?
La contre-réforme néolibérale. Le mouvement de 68 était une grève heureuse, pratiquement sans chômage, sans peur du futur, l’idée du progrès sans fin prévalait. Mais il est logique que, dans la précarité acuelle, on vive au présent, ce qui rend difficile la construction d’un projet politique. Mes étudiant-e-s ne sont pas indifférents à la politique, ils/elles s’informent, se manifestent, mais seule une minorité y croit à long terme. Ce n’est pas la révolution coloniale des années 60... bien qu’en Catalogne le mouvement anti-guerre ait été impressionnant.
Vous sentez-vous comme un « dernier Mohican » ?
Nous le sommes, mais cela nous convient parfaitement. Les jeunes demandent à récupérer une mémoire, ils ne pensent pas que les vieux étaient des fous. La génération post-95 a une autre sensibilité, plus libertaire et plus conservatrice de la vie quotidienne personnelle, avec moins de rhétorique du sacrifice. Le contraste est notable et c’est un succès que ces deux cultures coexistent.
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