2008年06月5日
[節錄]重拾1968的基進性
一、[節錄]重拾1968的基進性[班薩德(BENSAÏD DANIEL)洪世謙 譯]
譯者按:本文是革共青﹙JCR﹚所發行的刊物「紅色—革共青」﹙JCR-RED﹚於2006年3月29日所進行的專訪,時值反CPE(註一)運動結束前的12天。班薩德參與了68年3月22日在南岱爾﹙Nanterre.今巴黎第十大學﹚校園裡所爆發的學運,並投身於5月學運。他同時是革共青﹙JCR﹚與革共盟﹙LCR﹚的創始人及成員。現為巴黎八大哲學系教授。本文註釋皆為譯者註。
JCR:我們已經比較了現今反CPE運動及68革命(註二),你可以進一步的做些比較嗎?
DB:的確,有許多相似度與類比性。這是一個年輕人的群眾運動,較之於68革命的年輕人,更有活力、創造力、幽默,因而顯得具有時代性。運動目標的掌握及對民主的堅持,則顯得令人擔心,這點較68尤甚。同時,也有不同的脈絡。68革命,是經濟成長、社會權的勝利以及政治改革等25年成果,尤其是普世主義,並且建立在各個領域中。
譯者按:本文是革共青﹙JCR﹚所發行的刊物「紅色—革共青」﹙JCR-RED﹚於2006年3月29日所進行的專訪,時值反CPE(註一)運動結束前的12天。班薩德參與了68年3月22日在南岱爾﹙Nanterre.今巴黎第十大學﹚校園裡所爆發的學運,並投身於5月學運。他同時是革共青﹙JCR﹚與革共盟﹙LCR﹚的創始人及成員。現為巴黎八大哲學系教授。本文註釋皆為譯者註。
JCR:我們已經比較了現今反CPE運動及68革命(註二),你可以進一步的做些比較嗎?
DB:的確,有許多相似度與類比性。這是一個年輕人的群眾運動,較之於68革命的年輕人,更有活力、創造力、幽默,因而顯得具有時代性。運動目標的掌握及對民主的堅持,則顯得令人擔心,這點較68尤甚。同時,也有不同的脈絡。68革命,是經濟成長、社會權的勝利以及政治改革等25年成果,尤其是普世主義,並且建立在各個領域中。
68革命結合了兩股動力,文化的以及社會司法的爭論。然而,這兩個邏輯在70年代末期被切割。此後,我們區別「社會改革的」﹙sociale﹚改革﹙勞動權、社會救助等等﹚和「社會性質的」﹙sociétale﹚改革﹙道德規範的問題、女權、同性戀權﹚。
因此20年之後,現今的運動所顯露的是,倒退的、積累了許多挫敗的、自由主義的、勞動權和社會福利漸續瓦解的,不確定雇傭增加的、無保障的CNE(註三)和CPE。
因此我們面對著了一種新的情勢,這個新情勢的社會根基是直接連結於勞動階層。沒有其他部門的外來支援,然而,在很難取得勝利的情勢中,卻具有共同的原因。若我們今天獲勝了,這是第一回阻止,而這將打開一個反政府的政治危機的可能性。
JCR:你所參與的322運動,實際狀況為何?以及什麼是68革命的爭議?
DB:這個運動誕生於1967-1968年長時間以來的經驗累積:67年學生罷課,為了男女綜合宿舍抗爭;在南岱爾校園內遊行,強烈支持郊區新工廠的工人罷工;反越戰,在阿爾及利亞戰爭之後,強烈反殖民的精神;與反官僚的鬥爭團結,尤其是在波蘭…
322運動是一個綜合所有小戰鬥的經驗,而此時,南岱爾學生在反越戰的遊行中被逮捕。 它並非是學生統合主義﹙corporatiste﹚的運動,而是一個社會和政治的運動。這是個很清楚的體驗,因為幾個星期後,68革命就開始了。
JCR:學生運動丟出了勞動階層的問題,然而與工人的連結是如何進行的?
DB:那個連結相較於今日更加地困難。我們對工人階層有非常英雄式及充滿熱情的幻象。我們進入到1936年最後的政治的想像(註四),對抗的想像等等。我們也意識到進行一場學生運動不可能不與工人產生連結。
當索邦﹙Sorbonne﹚關閉時,在5月3號,有一個對於是否要繼續罷課的爭論,尤其是因為考試接近了。然而當罷工在南特﹙Nantes﹚的造船廠爆發時,我們成群的出發到位於索邦附近的Boulogne-Billancourt雷諾工廠,這裡是工人階層的象徵,有三萬名勞動者。然而我們不受這些底層工人的歡迎。全國總工會﹙CGT﹚保持警戒地避免學生與工人直接接觸,工會的領導者持續抱持著不信任。學生與工人間的連結沒法逐步展開。
JCR:我們常說68精神,它要解放一切的束縛。對你而言,什麼是68革命的成果?
DB:中肯地說,68所獲得的,相較於運動力量來說顯得太過微薄了。1936年的大罷工取得了有給薪的休假,在二戰後的歐洲解放中誕生了社會福利制度。1968年的大罷工則僅是以提高薪資以及對於工會代表﹙承認、安全﹚更多的保障收場。這並非無關緊要,但卻未及我們在這場運動中所期待的。5月底,權力的問題被提出。但社會黨和法共制止了它們。當Séguy﹙當時全國總工會的秘書長﹚提出了協商的結果,這些結果被工人們拒絕,但折衷方案最終還是被接受。
是此,我們歸結68革命有許多的「社會性質的」改革,例如女性主義的勝利。實際上,這毋寧是68震撼潮的結果。現代化的系列可以看見一些事情,然而它也存在於歐洲其他國家。68革命僅僅是推動者。
JCR:人們討論到你的世代是個有許多積極工運份子的世代。今天,我們觀察到一個新世代工運份子的發展。二者間是可比較的嗎?
DB:對於我們那個世代,有一種回想的錯覺,我們那世代被賦予太多政治色彩。它只有少數的積極者。共黨學生聯盟﹙L’UEC﹚從來沒有超過3千名黨員。當那些街壘在索邦築起時,最多也就是8千到1萬人。
對比兩個世代是很困難的。每個年輕人的運動,我們相信會有一個新世代的誕生。
現在的運動有部份明確的主題,然而它批判的更全球性,更反自由主義,發展出另擇全球化﹙l’altermondialisme﹚的論述。必須還要考慮到從911之後無限戰﹙la guerre permanent﹚的情況。
關於暴力這點上有些差異。暴力在68革命中不構成問題。因此,我們有格瓦拉,有游擊隊、有阿爾及利亞或越南的想像,一種解放的直接暴力的想像。
這個問題並沒有教條式的對策。不過我們生活在一個越來越暴力的世界裡,不能僅就暴力論暴力,而不考慮其與特定目標,在特定脈絡下的關聯。既然看出了運動中有產生帶有自毀傾向的暴力之虞,那就有必要提出來討論了。
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(註一)「首次雇傭契約」(CPE)主要是針對26歲以下青年以及20人以上的企業。根據這一政策,26歲以下的受雇者,其試用期可長達兩年(政府稱為鞏固期)。這段期間內,雇主可以在15天前,不需提供任何理由,通知解雇職員。3月6日起,法國學生展開了反「首次雇傭契約」的抗議,並在7號發起第一波大規模的遊行。反對者認為試用期長達兩年,且可無故解雇,對於工作毫無保障,它並非一份工作契約,而是一份允許雇主兩年內解雇員工的合法執照。青年們更強調,他們不是用完即丟的垃圾,通過這項法案,他們只會被雇主當成廉價商品。「CPE」法案最後在民意的壓力下被撤回,共歷時兩個多月。關於反CPE運動的分析,亦可參考筆者拙作:《全球化之下的法國三月「反CPE」學運》,當代224期,頁4—17。
(註二)Mai 68,68年5月,為求譯文流暢,將統一翻譯為68革命。
(註三)法國政府於05年7月提出了「新雇傭契約」(CNE),試圖改善國內失業問題。「新雇傭契約」政策規定,員工人數在20人以下的法國企業,新雇人員的試用期可以達到二年,雇主可以在不提供理由的情況下,解雇這些工齡在兩年以下的員工。
(註四)1936年5年,由法國多個左派政黨和團體所組成的人民陣線在國會選舉中獲勝,該陣線的社會黨領導人布魯姆(BLUM)組成左派政府,進行多項社會改革,提高工人薪資,設立國家失業基金,建立社會福利制度以及限制勞動工時。並且聯合義大利和德國的左派政黨,反對墨索里尼和希特勒的極權政府,同時參與了西班牙內戰。儘管布魯姆的政府因受到資產階級強大反對聲浪,僅持續了一年,然而當時所創立的社會改革以及理念,對現今法國仍具有深遠影響。
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原文:
Retour sur la radicalisation de 1968 BENSAÏD DANIEL
29 mars 2006
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=2 mercredi 29 mars 2006, par JCR-RED
On compare déjà le mouvement actuel à mai 68. Peux-tu approfondir cette comparaison ?
Il existe évidemment de fortes ressemblances et similitudes. C’est une mobilisation massive de la jeunesse, plus qu’en mai 68 d’ailleurs, avec un dynamisme, une inventivité, un humour même qui existaient déjà à l’époque. La volonté de contrôler les objectifs du mouvement, la démocratie sont des soucis très présents, là encore plus qu’en 68. Cela étant, il y a aussi une différence de contexte. Mai 68, c’est l’aboutissement de 25 ans de croissance économique, de conquêtes de droits sociaux, de réformes politiques notamment universitaires, mais sur fond de plein emploi.
Le mouvement de 68 est la jonction de deux dynamiques : contestation culturelle et justice sociale. Mais ces deux logiques ont été séparées à la fin des années 70. On différencie désormais réformes sociales (droit du travail, protection sociale, etc.) et « sociétales » (questions de « moeurs », droits des femmes, des homosexuelle-s...).
Le mouvement actuel apparaît donc après 20 ans de reculs, de défaites accumulés, de libéralisme, de destruction méthodique du Code du travail, de la protection sociale, de multiplication des contrats précaires, sans garanties, dont le CNE et le CPE.
Nous avons donc à faire à une situation nouvelle dont les racines sociales sont directement liées avec le monde salarié. Il n’y a pas un soutien extérieur d’un secteur à l’autre, mais bien une cause commune dans un contexte où il est difficile de gagner. Si nous gagnons aujourd’hui, ce sera un premier coup d’arrêt et cela ouvrira la possibilité d’une crise politique contre le gouvernement.
Qu’était exactement le mouvement du 22 mars auquel tu as participé et qui est le début de mai 68 ?
Ce mouvement est né d’une accumulation d’expériences tout au long de l’année 1967-1968 : grève étudiante en 67, lutte pour la mixité des dortoirs, mobilisations sur le campus de Nanterre, fort soutien aux grèves ouvrières dans les usines nouvelles en province, guerre du Vietnam, fort esprit anticolonialiste dans l’après-guerre d’Algérie, solidarité avec les luttes anti-bureaucratiques notamment en Pologne...
Le mouvement du 22 mars est un peu la synthèse de toutes ces petites expériences militantes, lors de l’arrestation d’un étudiant de Nanterre dans une manif contre la guerre du Vietnam.
Il ne s’agissait pas d’un mouvement corporatiste étudiant, mais d’un mouvement social et politique. Cette expérience fut brève, car quelques semaines plus tard commençait mai 68.
Le mouvement étudiant posait la question du monde du travail. Mais comment la jonction avec les travailleurs s’est-elle faite ?
La jonction a été beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui. Nous avions une vision très héroïque, lyrique du monde ouvrier. Nous étions entrés en politique derrière les images de 1936, de la Résistance, etc. Nous étions aussi conscients du fait qu’un mouvement étudiant ne ferait que peu de choses sans liens avec les ouvriers.
Quand la Sorbonne a fermé, le 3 mai, il y avait des discussions sur le fait de continuer ou non la grève, notamment à cause des examens qui approchaient. Mais lorsque la grève a éclaté au chantier naval de Nantes, nous sommes partis en cortège de la Sorbonne vers l’usine Renault de Boulogne-Billancourt. C’était l’emblème du monde ouvrier, avec 30 000 travailleurs. Mais nous n’avons pas été accueillis à bras ouverts. La CGT veillait à éviter les contacts directs entre ouvriers et étudiants. La méfiance était entretenue par les directions syndicales. La jonction n’a pu se faire que petit à petit.
On parle beaucoup de l’esprit de 68, qui aurait libéré les moeurs. Pour toi, quelles sont les conquêtes de mai 68 ?
Les conquêtes à proprement parler sont très modestes par rapport à la force du mouvement. La grève de 36 a permis d’obtenir les congés payés, à la Libération est née la Sécurité Sociale. La grève de 68 s’est conclue par un relèvement des salaires et plus de garanties pour les délégués syndicaux (reconnaissance, sécurité). Cela n’est pas négligeable, mais c’est en deçà de ce qu’on pouvait attendre. Fin mai, la question du pouvoir se posait. Mais le Parti Socialiste et le PCF freinaient. Lorsque Séguy (secrétaire général de la CGT à l’époque, ndlr.) a exposé les résultats des négociations, elles ont été rejetées par les ouvriers, mais le compromis a fini par être accepté.
On met alors sur le compte de mai 68 beaucoup de réformes « sociétales », comme les acquis du mouvement féministe. En fait, ce sont plutôt des conséquences de l’onde de choc de 68. La série de modernisations a quelque chose à voir, mais elle a aussi existé dans d’autres pays européens. Mai 68 n’a été qu’un accélérateur.
On parle de ta génération comme de celle qui a été le plus militante. Aujourd’hui, on constate l’essor d’une nouvelle génération militante. Sont-elles comparables ?
Il y a une illusion rétrospective à propos de notre génération qui aurait été très politisée. Il s’agissait d’une minorité active. L’UEC (Union des étudiants communistes, ndlr.) n’a jamais dépassé les 3000 adhérents. Lorsque les barricades se sont formées à la Sorbonne, il y avait 8 à 10 000 personnes au maximum.
La comparaison avec la génération actuelle est difficile. A chaque mouvement de jeunesse, on croit qu’une nouvelle génération politique naît.
Le mouvement actuel part d’un sujet précis mais avec une critique plus globale, antilibérale, issue de l’altermondialisme. Il faut ajouter un état de guerre permanent depuis le 11 septembre.
L’une des différences se pose sur la question du rapport à la violence. Celle- ci n’était pas problématique en 68. On avait alors l’image de Che Guevara, des guérillas, des luttes de l’Algérie ou du Vietnam, d’une violence directement libératrice.
Il n’y a pas de réponse doctrinaire à cette question. Mais nous sommes dans un monde de plus en plus violent. On ne peut pas avoir de discussion sur la violence en soi, sans la mettre en relation avec un objectif précis, dans un contexte précis. Mais le risque de voir émerger une violence autodestructrice dans le mouvement fait que le débat mérite d’être posé.
Propos recueillis par JB, [Nanterre] (tiré du site des JCR France)
因此20年之後,現今的運動所顯露的是,倒退的、積累了許多挫敗的、自由主義的、勞動權和社會福利漸續瓦解的,不確定雇傭增加的、無保障的CNE(註三)和CPE。
因此我們面對著了一種新的情勢,這個新情勢的社會根基是直接連結於勞動階層。沒有其他部門的外來支援,然而,在很難取得勝利的情勢中,卻具有共同的原因。若我們今天獲勝了,這是第一回阻止,而這將打開一個反政府的政治危機的可能性。
JCR:你所參與的322運動,實際狀況為何?以及什麼是68革命的爭議?
DB:這個運動誕生於1967-1968年長時間以來的經驗累積:67年學生罷課,為了男女綜合宿舍抗爭;在南岱爾校園內遊行,強烈支持郊區新工廠的工人罷工;反越戰,在阿爾及利亞戰爭之後,強烈反殖民的精神;與反官僚的鬥爭團結,尤其是在波蘭…
322運動是一個綜合所有小戰鬥的經驗,而此時,南岱爾學生在反越戰的遊行中被逮捕。 它並非是學生統合主義﹙corporatiste﹚的運動,而是一個社會和政治的運動。這是個很清楚的體驗,因為幾個星期後,68革命就開始了。
JCR:學生運動丟出了勞動階層的問題,然而與工人的連結是如何進行的?
DB:那個連結相較於今日更加地困難。我們對工人階層有非常英雄式及充滿熱情的幻象。我們進入到1936年最後的政治的想像(註四),對抗的想像等等。我們也意識到進行一場學生運動不可能不與工人產生連結。
當索邦﹙Sorbonne﹚關閉時,在5月3號,有一個對於是否要繼續罷課的爭論,尤其是因為考試接近了。然而當罷工在南特﹙Nantes﹚的造船廠爆發時,我們成群的出發到位於索邦附近的Boulogne-Billancourt雷諾工廠,這裡是工人階層的象徵,有三萬名勞動者。然而我們不受這些底層工人的歡迎。全國總工會﹙CGT﹚保持警戒地避免學生與工人直接接觸,工會的領導者持續抱持著不信任。學生與工人間的連結沒法逐步展開。
JCR:我們常說68精神,它要解放一切的束縛。對你而言,什麼是68革命的成果?
DB:中肯地說,68所獲得的,相較於運動力量來說顯得太過微薄了。1936年的大罷工取得了有給薪的休假,在二戰後的歐洲解放中誕生了社會福利制度。1968年的大罷工則僅是以提高薪資以及對於工會代表﹙承認、安全﹚更多的保障收場。這並非無關緊要,但卻未及我們在這場運動中所期待的。5月底,權力的問題被提出。但社會黨和法共制止了它們。當Séguy﹙當時全國總工會的秘書長﹚提出了協商的結果,這些結果被工人們拒絕,但折衷方案最終還是被接受。
是此,我們歸結68革命有許多的「社會性質的」改革,例如女性主義的勝利。實際上,這毋寧是68震撼潮的結果。現代化的系列可以看見一些事情,然而它也存在於歐洲其他國家。68革命僅僅是推動者。
JCR:人們討論到你的世代是個有許多積極工運份子的世代。今天,我們觀察到一個新世代工運份子的發展。二者間是可比較的嗎?
DB:對於我們那個世代,有一種回想的錯覺,我們那世代被賦予太多政治色彩。它只有少數的積極者。共黨學生聯盟﹙L’UEC﹚從來沒有超過3千名黨員。當那些街壘在索邦築起時,最多也就是8千到1萬人。
對比兩個世代是很困難的。每個年輕人的運動,我們相信會有一個新世代的誕生。
現在的運動有部份明確的主題,然而它批判的更全球性,更反自由主義,發展出另擇全球化﹙l’altermondialisme﹚的論述。必須還要考慮到從911之後無限戰﹙la guerre permanent﹚的情況。
關於暴力這點上有些差異。暴力在68革命中不構成問題。因此,我們有格瓦拉,有游擊隊、有阿爾及利亞或越南的想像,一種解放的直接暴力的想像。
這個問題並沒有教條式的對策。不過我們生活在一個越來越暴力的世界裡,不能僅就暴力論暴力,而不考慮其與特定目標,在特定脈絡下的關聯。既然看出了運動中有產生帶有自毀傾向的暴力之虞,那就有必要提出來討論了。
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(註一)「首次雇傭契約」(CPE)主要是針對26歲以下青年以及20人以上的企業。根據這一政策,26歲以下的受雇者,其試用期可長達兩年(政府稱為鞏固期)。這段期間內,雇主可以在15天前,不需提供任何理由,通知解雇職員。3月6日起,法國學生展開了反「首次雇傭契約」的抗議,並在7號發起第一波大規模的遊行。反對者認為試用期長達兩年,且可無故解雇,對於工作毫無保障,它並非一份工作契約,而是一份允許雇主兩年內解雇員工的合法執照。青年們更強調,他們不是用完即丟的垃圾,通過這項法案,他們只會被雇主當成廉價商品。「CPE」法案最後在民意的壓力下被撤回,共歷時兩個多月。關於反CPE運動的分析,亦可參考筆者拙作:《全球化之下的法國三月「反CPE」學運》,當代224期,頁4—17。
(註二)Mai 68,68年5月,為求譯文流暢,將統一翻譯為68革命。
(註三)法國政府於05年7月提出了「新雇傭契約」(CNE),試圖改善國內失業問題。「新雇傭契約」政策規定,員工人數在20人以下的法國企業,新雇人員的試用期可以達到二年,雇主可以在不提供理由的情況下,解雇這些工齡在兩年以下的員工。
(註四)1936年5年,由法國多個左派政黨和團體所組成的人民陣線在國會選舉中獲勝,該陣線的社會黨領導人布魯姆(BLUM)組成左派政府,進行多項社會改革,提高工人薪資,設立國家失業基金,建立社會福利制度以及限制勞動工時。並且聯合義大利和德國的左派政黨,反對墨索里尼和希特勒的極權政府,同時參與了西班牙內戰。儘管布魯姆的政府因受到資產階級強大反對聲浪,僅持續了一年,然而當時所創立的社會改革以及理念,對現今法國仍具有深遠影響。
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原文:
Retour sur la radicalisation de 1968 BENSAÏD DANIEL
29 mars 2006
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=2 mercredi 29 mars 2006, par JCR-RED
On compare déjà le mouvement actuel à mai 68. Peux-tu approfondir cette comparaison ?
Il existe évidemment de fortes ressemblances et similitudes. C’est une mobilisation massive de la jeunesse, plus qu’en mai 68 d’ailleurs, avec un dynamisme, une inventivité, un humour même qui existaient déjà à l’époque. La volonté de contrôler les objectifs du mouvement, la démocratie sont des soucis très présents, là encore plus qu’en 68. Cela étant, il y a aussi une différence de contexte. Mai 68, c’est l’aboutissement de 25 ans de croissance économique, de conquêtes de droits sociaux, de réformes politiques notamment universitaires, mais sur fond de plein emploi.
Le mouvement de 68 est la jonction de deux dynamiques : contestation culturelle et justice sociale. Mais ces deux logiques ont été séparées à la fin des années 70. On différencie désormais réformes sociales (droit du travail, protection sociale, etc.) et « sociétales » (questions de « moeurs », droits des femmes, des homosexuelle-s...).
Le mouvement actuel apparaît donc après 20 ans de reculs, de défaites accumulés, de libéralisme, de destruction méthodique du Code du travail, de la protection sociale, de multiplication des contrats précaires, sans garanties, dont le CNE et le CPE.
Nous avons donc à faire à une situation nouvelle dont les racines sociales sont directement liées avec le monde salarié. Il n’y a pas un soutien extérieur d’un secteur à l’autre, mais bien une cause commune dans un contexte où il est difficile de gagner. Si nous gagnons aujourd’hui, ce sera un premier coup d’arrêt et cela ouvrira la possibilité d’une crise politique contre le gouvernement.
Qu’était exactement le mouvement du 22 mars auquel tu as participé et qui est le début de mai 68 ?
Ce mouvement est né d’une accumulation d’expériences tout au long de l’année 1967-1968 : grève étudiante en 67, lutte pour la mixité des dortoirs, mobilisations sur le campus de Nanterre, fort soutien aux grèves ouvrières dans les usines nouvelles en province, guerre du Vietnam, fort esprit anticolonialiste dans l’après-guerre d’Algérie, solidarité avec les luttes anti-bureaucratiques notamment en Pologne...
Le mouvement du 22 mars est un peu la synthèse de toutes ces petites expériences militantes, lors de l’arrestation d’un étudiant de Nanterre dans une manif contre la guerre du Vietnam.
Il ne s’agissait pas d’un mouvement corporatiste étudiant, mais d’un mouvement social et politique. Cette expérience fut brève, car quelques semaines plus tard commençait mai 68.
Le mouvement étudiant posait la question du monde du travail. Mais comment la jonction avec les travailleurs s’est-elle faite ?
La jonction a été beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui. Nous avions une vision très héroïque, lyrique du monde ouvrier. Nous étions entrés en politique derrière les images de 1936, de la Résistance, etc. Nous étions aussi conscients du fait qu’un mouvement étudiant ne ferait que peu de choses sans liens avec les ouvriers.
Quand la Sorbonne a fermé, le 3 mai, il y avait des discussions sur le fait de continuer ou non la grève, notamment à cause des examens qui approchaient. Mais lorsque la grève a éclaté au chantier naval de Nantes, nous sommes partis en cortège de la Sorbonne vers l’usine Renault de Boulogne-Billancourt. C’était l’emblème du monde ouvrier, avec 30 000 travailleurs. Mais nous n’avons pas été accueillis à bras ouverts. La CGT veillait à éviter les contacts directs entre ouvriers et étudiants. La méfiance était entretenue par les directions syndicales. La jonction n’a pu se faire que petit à petit.
On parle beaucoup de l’esprit de 68, qui aurait libéré les moeurs. Pour toi, quelles sont les conquêtes de mai 68 ?
Les conquêtes à proprement parler sont très modestes par rapport à la force du mouvement. La grève de 36 a permis d’obtenir les congés payés, à la Libération est née la Sécurité Sociale. La grève de 68 s’est conclue par un relèvement des salaires et plus de garanties pour les délégués syndicaux (reconnaissance, sécurité). Cela n’est pas négligeable, mais c’est en deçà de ce qu’on pouvait attendre. Fin mai, la question du pouvoir se posait. Mais le Parti Socialiste et le PCF freinaient. Lorsque Séguy (secrétaire général de la CGT à l’époque, ndlr.) a exposé les résultats des négociations, elles ont été rejetées par les ouvriers, mais le compromis a fini par être accepté.
On met alors sur le compte de mai 68 beaucoup de réformes « sociétales », comme les acquis du mouvement féministe. En fait, ce sont plutôt des conséquences de l’onde de choc de 68. La série de modernisations a quelque chose à voir, mais elle a aussi existé dans d’autres pays européens. Mai 68 n’a été qu’un accélérateur.
On parle de ta génération comme de celle qui a été le plus militante. Aujourd’hui, on constate l’essor d’une nouvelle génération militante. Sont-elles comparables ?
Il y a une illusion rétrospective à propos de notre génération qui aurait été très politisée. Il s’agissait d’une minorité active. L’UEC (Union des étudiants communistes, ndlr.) n’a jamais dépassé les 3000 adhérents. Lorsque les barricades se sont formées à la Sorbonne, il y avait 8 à 10 000 personnes au maximum.
La comparaison avec la génération actuelle est difficile. A chaque mouvement de jeunesse, on croit qu’une nouvelle génération politique naît.
Le mouvement actuel part d’un sujet précis mais avec une critique plus globale, antilibérale, issue de l’altermondialisme. Il faut ajouter un état de guerre permanent depuis le 11 septembre.
L’une des différences se pose sur la question du rapport à la violence. Celle- ci n’était pas problématique en 68. On avait alors l’image de Che Guevara, des guérillas, des luttes de l’Algérie ou du Vietnam, d’une violence directement libératrice.
Il n’y a pas de réponse doctrinaire à cette question. Mais nous sommes dans un monde de plus en plus violent. On ne peut pas avoir de discussion sur la violence en soi, sans la mettre en relation avec un objectif précis, dans un contexte précis. Mais le risque de voir émerger une violence autodestructrice dans le mouvement fait que le débat mérite d’être posé.
Propos recueillis par JB, [Nanterre] (tiré du site des JCR France)
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