2005年09月16日
Comparaison entre Taiwan et Singapour à propos des valeurs asiatiques
Comparaison entre Taiwan et Singapour à propos des valeurs asiatiques :
---Réflexion ontologique sur le concept de « légitimité »
Introduction
Quel intérêt ontologique présente la comparaison de Taiwan et Singapour à propos des valeurs asiatiques pour le concept de « légitimité » ? Un sens légitime ne se donne pas de façon substantielle, mais relationnelle. C’est-à-dire, les « valeurs asiatiques » n’existent que dans un contexte où elles s’opposent aux valeurs « non-asiatiques », à savoir, les « valeurs occidentales ». Ensuite, ces « deux » systèmes de valeurs se trouvent placés de manière hiérarchique/hiérarchiquement dont l’un paraît plus supérieur, moral que l’autre. En conséquence, la raison pour laquelle les valeurs asiatiques manifestent un sens légitime à Singapour à partir des années 80, réside dans le fait qu’il a y eu, et qu’il a y encore un déplacement de la hiérarchie des valeurs. Or, cela n’a pas eu lieu à Taiwan.
Afin d’expliquer pourquoi et comment ce déplacement s’est accompli à Singapour, mais pas à Taiwan, cette présentation se propose de se dérouler en deux parties. La première montrera la mise en place de la hiérarchie des valeurs dans ces deux pays avant l’arrivée du discours des « valeurs asiatiques ». La deuxième partie vise à rendre compte de la relation entre le changement de structure politico-économique et cette hiérarchie de valeurs ainsi que de ce processus. Pour conclure, les valeurs asiatiques elles-mêmes ne s’illustrant pas comme des valeurs « traditionnelles », mais comme une invention de valeurs « traditionnelles modernisées ».
---Réflexion ontologique sur le concept de « légitimité »
Introduction
Quel intérêt ontologique présente la comparaison de Taiwan et Singapour à propos des valeurs asiatiques pour le concept de « légitimité » ? Un sens légitime ne se donne pas de façon substantielle, mais relationnelle. C’est-à-dire, les « valeurs asiatiques » n’existent que dans un contexte où elles s’opposent aux valeurs « non-asiatiques », à savoir, les « valeurs occidentales ». Ensuite, ces « deux » systèmes de valeurs se trouvent placés de manière hiérarchique/hiérarchiquement dont l’un paraît plus supérieur, moral que l’autre. En conséquence, la raison pour laquelle les valeurs asiatiques manifestent un sens légitime à Singapour à partir des années 80, réside dans le fait qu’il a y eu, et qu’il a y encore un déplacement de la hiérarchie des valeurs. Or, cela n’a pas eu lieu à Taiwan.
Afin d’expliquer pourquoi et comment ce déplacement s’est accompli à Singapour, mais pas à Taiwan, cette présentation se propose de se dérouler en deux parties. La première montrera la mise en place de la hiérarchie des valeurs dans ces deux pays avant l’arrivée du discours des « valeurs asiatiques ». La deuxième partie vise à rendre compte de la relation entre le changement de structure politico-économique et cette hiérarchie de valeurs ainsi que de ce processus. Pour conclure, les valeurs asiatiques elles-mêmes ne s’illustrant pas comme des valeurs « traditionnelles », mais comme une invention de valeurs « traditionnelles modernisées ».
I.La mise en place de la hiérarchie des valeurs à propos de l’Asie/l’Occident
Le discours autour du concept de l’Asie, à savoir l’Asianisme, ne date pas des années 80. Il a une histoire beaucoup plus longue qui remonte à l’époque moderne. Mais, notons que pour les valeurs asiatiques, les vieux discours asiatistes n’ont jamais entraîné autant des débats contradictoires et enrichissants que récemment, ni pour la « sphère de co-prospérité de grande Asie de l’Est » à l’époque d’entre-guerre, ni pour le capitalisme asiatique dans les années 70. (Pourquoi ? Je l’expliquerai.) En conséquence, pour mieux comprendre les valeurs asiatiques, cette recherche tente de les confronter avec la modernité qui a donné naissance à des discours asianistes, ainsi que la mise en place de la hiérarchie des valeurs Asie/l’Occident.
1.La modernisation et la naissance de l’identité asiatique à l’époque impérialiste
Tout au long de la modernisation, au sens large, l’identité de Je et celle de Nous se sont développés simultanément. La première s’est construite au fil de l’individualisation de la société moderne, à savoir, la marchandisation, la constitutionnalisation des droits de l’homme, etc. En même temps, la deuxième s’est produite en créant des unités sociales à travers leur propre conscience identitaire, par exemple, la nation, l’ethnie, et l’Asie, etc. Etant donné que ces deux genres d’identité vont de pair avec les temps modernes, plus l’identité de Je se développe en faveur de l’institution politico-économique, le plus l’identité de Nous se renforce à l’aide de la politique gouvernementale, et plus important, de la société elle-même. A cet égard, ces deux identités sont auto productives et réciproquement renforcées.
L’identité asiatique, quant à elle, est un genre de l’identité de Nous, qui s’est développé tout d’abord en Asie de l’Est, à savoir au Japon, en Corée et en Chine dans la seconde moitié du 19ème siècle. Ces trois pays sont demeurés indépendants des pays occidentaux, en entrant par eux-mêmes dans le monde moderne, c’est-à-dire, le marché mondial et le système interétatique. En conséquence, les discours asiatistes ont émergé dans le but de renforcer le social en regroupant les pays asiatiques vis-à-vis des pays occidentaux. S’opposant à l’Occident, l’Asie fut inventée à travers des caractères, soi-disant asiatiques, à savoir, la race (le Jaune), la philosophie (le Confucianisme), la religion (le Bouddhisme), l’esprit (l’amour). Vu son rapport étroit avec la modernisation, les discours asiatistes se sont développés d’abord et principalement au Japon qui était le pays le plus avancé dans cette région. Cela avait pour but non seulement de consolider la société japonaise, mais aussi d’établir l’Empire japonais à l’époque impérialiste. En 1895, le Japon a vaincu la Chine en colonisant Taiwan. En 1938, le Japon a déclenché la deuxième guerre mondiale en annonçant établir la « Sphère de la co-prospérité de la Grande Asie de l’Est », dont Singapour faisait une partie.
2.Les discours asianistes à l’époque développementaliste
En 1945, la deuxième guerre mondiale a touché sa fin. Mais avec la guerre froide, Taiwan, alors colonie japonaise, est passé sous la tutelle du KMT, le Parti Nationaliste Chinois, alors en guerre civile avec la Chine communiste. Singapour, qui était de son côté une colonie anglaise, fut proclamée indépendante, en 1964. Les deux pays étaient du côté de l’Occident, c’est-à-dire, le camp capitaliste. Dans le monde capitaliste mondial, Taiwan et Singapour se trouvent à la périphérie, non seulement au niveau économique, mais aussi géopolitique. De plus, l’accent est mis sur le plan culturel en parlant de la périphérie. Depuis l’expansion de la civilisation occidentale en Asie, voire dans le monde entier, une hiérarchie culturelle de valeurs s’est instaurée, où la civilisation occidentale se situe en haut, et plaçant les autres en bas. A cet égard, la civilisation occidentale est considérée non seulement supérieure, mais aussi comme le futur unique, la destinée des autres civilisations. Les autres sociétés sont jugées comme traditionnelles, et se dirigeant vers le modernisme, à savoir, le modèle occidental.
En conséquence, le projet modernisateur s’est développé dans ces pays à l’aide de l’Occident, surtout les Etats-Unis, sous le régime autoritaire afin de contre- balancer le camp socialiste. C’était l’époque développementaliste où Taiwan et Singapour ont connu un succès économique rapide. Le débat sur l’éthique confucéenne et son rapport avec la marchandisation fut ainsi lancé. A l’instar de l’éthique protestante présentée par Max Weber, l’éthique confucéenne constituait l’argument explicatif du développement économique, reposant essentiellement sur le facteur culturel, sans considérer le contexte sociopolitique. Cela est une invention de la tradition. Parce qu’au moment où l’économie asiatique n’était pas brillante pas, c’est aussi à cause de l’éthique confucéenne, l’approche culturaliste cherche des explications de façon sélective, en fonction de la situation du moment, de ses propres besoins. A cet égard, il convient de dire que ce n’est pas l’éthique confucéenne qui a contribué au développement économique. Mais au contraire, c’est le développement économique qui invoque le besoin du sens communautaire, de la solidarité sociale, à savoir, l’identité de Nous. Une communauté asiatique se forme au plan culturel, donnant aux Asiatiques une plus forte confiance, pour faire face à l’Occident, grâce à leur succès économique.
Ce genre du discours asianiste se manifeste comme une tradition modernisée dans le sens où l’éthique confucéenne est la tradition inventée qui incarne les valeurs modernisatrices. Entant mis en rapport avec le fonctionnement du marché, l’éthique confucéenne montre une autre voie vers le développement économique, où l’accent est mis sur les réseaux sociaux ainsi que les valeurs communautaires. Néanmoins, ceux-ci ne sont pas à l’asiatique. Mais, il convient de dire qu’ils ont pour effet de faciliter la politique développementaliste, car ils contribuent à mobiliser les ressources socio-économiques en réduisant le budget gouvernemental en matière de politique sociale. En conséquence, sans intention de construire une communauté régionale comme celle de l’époque impérialiste, l’éthique confucéenne n’a pour but que de servir au développement économique. Bref, elle fonde le discours asianiste à l’époque du développementalisme.
3.Le glissement de la hiérarchie des valeurs
Tout au long de la modernisation, l’Asie de l’Est se développe en marchant, de la périphérie vers le centre. Tout d’abord, ce fut le Japon dans les années 60, et les « petits tigres », y compris Taiwan et Singapour, dans les années 70. Toutefois, la montée de la puissance asiatique réside non seulement au plan économique, mais aussi culturel. Pour la hiérarchie de valeurs que j’ai présentée à l’époque impérialiste, la civilisation occidentale se trouvait en haut de cette hiérarchie, alors que les autres se situaient en bas. Toutefois, comme l’éthique confucéenne a pour effet de montrer une autre voie vers le développement économique, nous pouvons constater que cette hiérarchie de valeurs a commencé à bouger.
Dans les années 60, les valeurs modernisatrices se trouvaient principalement à Taiwan ainsi qu’à Singapour. Par exemple, Lee Kwan-Yew, premier Ministre à ce moment, a déclaré que le succès économique de Singapour reposait non pas sur les valeurs asiatiques, mais sur les valeurs victoriennes. Ces valeurs asiatiques n’étaient pas comme celles dans les années 70. Par ce biais, la modernisation s’oriente non seulement vers le développement socio-économique, mais aussi culturel. Toutefois, cela n’était plus le cas à partir des années 70 au plan culturel. Premièrement, ce fut l’éthique confucéenne qui fit bouger cette hiérarchie de valeur dans les années 70. Ensuite, les valeurs asiatiques sont mises à jour dans les années 80, à Singapour, mais pas à Taiwan. Pourquoi ?
II.Pourquoi Taiwan et Singapour n’ont pas adopté la même attitude envers les valeurs asiatiques ?
Cette section vise à répondre séparément pourquoi Taiwan et Singapour ont eu des attitudes différentes à propos des valeurs asiatiques par une même structure, à savoir, la hiérarchie de valeurs. En plus, le concept de « légitimité » se trouve au centre pour expliquer pourquoi ces deux pays ont des attitudes différentes. Enfin, cette recherche s’achève en réfléchissant le concept de « légitimité » par une perspective relationniste, au lieu du substantialisme, par la hiérarchie de valeurs que présente cette recherche.
1.Le cas de Singapour
Pourquoi les valeurs asiatiques se sont développées à Singapour dans les années 80 ? On dit que les valeurs asiatiques ont pour but de renforcer le régime autoritaire vis-à-vis de la soi-disant « troisième vague de la démocratisation ». C’est une explication sans doute valable, mais pas suffisante, car les Sud-coréens qui ont connu un processus de démocratisation dans les années 80, parlent aussi de valeurs asiatiques. Bien que la version coréenne soit différente de la singapourienne, les valeurs asiatiques et les discours asianistes sont répandus aussi dans le pays démocratisé. A travers le concept de « légitimité », je tente d’expliquer pourquoi le gouvernement singapourien a commencé à promouvoir les valeurs asiatiques au lieu des victoriennes dans les années 80. Brièvement, on peut expliquer ce basculement parce que la hiérarchie de valeurs bouge.
Amartya Sen, lauréat du prix Nobel d'économie, pense que les valeurs asiatiques ont pour but de consolider le régime autoritaire singapourien ainsi que de promouvoir le développement économique. Toutefois, pourquoi une telle affirmation ? Pourquoi les valeurs asiatiques sont valables, ou légitimes à ce propos ? Au lieu d’instrumentaliser les valeurs asiatiques, j’aimerais mettre l’accent sur l’aspect moral des valeurs asiatiques. Il s’agit de la moralité, car les valeurs asiatiques sont, essentiellement, un parti important dans le sens où elles se présentent comme des éléments communautaires. En créant une communauté imaginée, les valeurs asiatiques donnent un sens à l’identité du Nous au cours de la modernisation. A cet égard, ce qui est important, c’est de s’interroger sur l’adjective, à savoir, « asiatique », ainsi que sur le moment où les valeurs asiatiques ont apparu. Pourquoi ce sont les valeurs « asiatiques », mais pas les valeurs, par exemple, « singapouriennes » ? Et, comme je viens d’évoquer, pourquoi dans les années 80, le gouvernement singapourien a commencé à promouvoir les valeurs asiatiques au lieu des victoriennes?
D’après Ronald Inglehart, le monde est entré dans une époque post-matérialiste à partir des années 70, où l’accent est mis sur la qualité de la vie, l’environnement, la démocratie et les droits de l’Homme etc. Cela est le résultat du développement économique. Etant donné le succès économique qu’a connu l’Asie de l’Est durant cette période, ces valeurs ont incontestablement pénétré Singapour, ainsi que Taiwan. Pourtant, Taiwan a commencé à se démocratiser dans les années 80, alors que Singapour reste toujours un régime autoritaire. A cet égard, comment font les dirigeants singapouriens pour légitimer leur régime politique dans un monde de plus en plus mondialisé ? La réponse réside dans les valeurs asiatiques.
Les valeurs asiatiques ainsi que la démocratie asiatique furent promues dans les années 80, visant à légitimer le régime autoritaire à l’égard des valeurs post- matérialistes. Elles sont légitimes, non seulement à l’aide de la propagande gouvernementale du Parti d’Action Populaire (PAP), mais aussi, grâce au besoin plus global de valeurs communautaires vis-à-vis des changements induits par la modernisation. Mais, pourquoi ces valeurs communautaires sont proclamées au nom de l’Asie?
Premièrement, les valeurs asiatiques se lient au « Miracle économique asiatique». Ceci concerne non seulement le succès économique de l’après-guerre des « quatre dragons», mais aussi les « quatre tigres » et la Chine. La montée des puissances asiatiques sur le plan économique confère des valeurs au mot, dit asiatique.
Deuxièmement, les valeurs asiatiques s’articulent autour de l’éthique confucéenne qui a aussi connu leur succès au plan culturel. Etant donné que l’éthique confucéenne a gagné du terrain et que la valeur post-matérialiste a pénétré Singapour, la hiérarchie de valeurs a tellement changé que la valeur victorienne ne se trouve plus en haute.
Troisièmement, tout au long de la modernisation, l’identité de Je se développe, alors que les valeurs asiatiques ont pour effet de renforcer l’identité de Nous. Cette identité de Je, d’après les dirigeants singapouriens, est considérée comme des facteurs nuisant à / qui nuit à la solidarité sociale. Puisque le « Miracle économique » et l’éthique confucéenne ont prouvé leur succès, les valeurs asiatiques furent promues par opposition aux celles occidentales. Ces dernières, longtemps considérées comme les méfaits d’une civilisation individualiste, furent diabolisées par les dirigeants singapouriens.
Quatrièmement, en mettant l’accent sur l’ordre social ainsi que le développement économique, les valeurs asiatiques ont eu pour effet de renforcer la compétitivité économique de ces pays dans un monde de plus en plus mondialisé. A cet égard, la démocratie asiatique fut liée aux valeurs asiatiques pour faire face aux valeurs post-matérialistes. Vu la légitimité des valeurs asiatiques, la démocratie asiatique a pour mission de contredire les valeurs, dites universelles, de la démocratie libérale ainsi que les droits de l’Homme.
Enfin, les valeurs asiatiques se révélèrent plus favorables à la construction de l’identité singapourienne que l’éthique confucéenne. Lorsque l’on étudie le discours sur les valeurs asiatiques, on constate que celles-ci se rapprochent de l’éthique confucéenne qui s’accentue sur l’éthique du marché ainsi que la valeur communautaire. Toutefois, à la place de l’éthique confucéenne, les valeurs asiatiques sont plus favorables pour un pays multiethnique tel que Singapour, car la première est considérée comme chinoise.
2.Le cas de Taiwan
Mais, pourquoi les valeurs asiatiques n’ont pas connu de telles répercussions à Taiwan ? Les valeurs asiatiques n’ont suscité presque aucun intérêt pour Taiwan après les années 80. Au milieu de cette décennie, Taiwan a connu, en effet, une démocratisation de son régime. Néanmoins, cela n’explique pas toutes les raisons pour lesquelles les valeurs asiatiques ne se sont pas répandues à Taiwan. Car la Corée du Sud, un des « quatre dragons », qui s’est démocratisé dans la même période, a invoqué aussi les valeurs asiatiques, bien qu’elles soient différentes de celles avancées par les Singapouriens. A ce propos, comment explique-t-on que les Taiwanais ne parlent pas des valeurs asiatiques ?
Premièrement, tout au long du développement économique depuis les années 70, les valeurs post-matérialistes sont très répandues à Taiwan. L’accent est mis sur la qualité de la vie, l’environnement ainsi que la démocratie et les droits de l’Homme. Cela eut pour effet non seulement de démocratiser le régime autoritaire, mais de même de consolider la démocratie libérale.
Deuxièmement, la démocratisation taiwanaise a entraîné avec elle le nationalisme taiwanais, qui s’écarte essentiellement des valeurs asiatiques. Le nationalisme taiwanais s’était développé tout d’abord sous la domination japonaise dans les années 20. A cette époque, la façon dont l’Empire japonais gouvernait Taiwan consistait à l’assimiler à sa « Sphère de co-prospérité de la Grande Asie de l’Est ». Pour faire face à ce discours asianiste, le nationaliste taiwanais se mit du côté de l’Occident en parlant de liberté et de démocratie libérale.
Troisièmement, la démocratie libérale a eu pour effet d’ancrer Taiwan au monde occidental, en s’opposant à la Chine. Vu l’importance de la Chine sur le plan économique ainsi que géopolitique, militaire, et la tension dans le détroit de Taiwan, la démocratie libérale est considérée comme la meilleure, voire le seul moyen de promouvoir Taiwan dans la scène internationale. A ce propos, la démocratie libérale sert aussi aux valeurs géopolitiques.
En bref, Taiwan ne manifeste que peu d’intérêts pour les valeurs asiatiques. Par une comparaison de l’attitude entre Taiwan et Singapour à propos des valeurs asiatiques, cette recherche montre que leur différence s’explique par la hiérarchie des valeurs. Cette hiérarchie de valeurs est loin d’être statique. Elle s’est transformée à partir des années 70, c’est-à-dire tout au long du développement économique. D’un côté, l’éthique confucéenne a vu le jour, alors que d’un autre côté les valeurs post-matérialistes se sont répandues. Pour Singapour, l’accent est mis sur la première, en la transformant en valeurs asiatiques. Pour Taiwan, la deuxième a gagné du terrain en entraînant la démocratie libérale.
Mais, cela ne veut pas dire que les valeurs culturelles sont isolées et décisives à l’égard de la structure. Comme les valeurs post-matérialistes ainsi que l’éthique confucéenne se sont développées dans ces deux pays à la fois, leur propre attitude à propos des valeurs asiatiques s’accomplissent en fonction de la structure. Cette structure, comme je l’ai montré, induit leur régime politique ainsi que leur position dans le cadre géopolitique et économique international. Par ce biais, il convient de dire qu’il y a une influence circulaire/réciproque entre les valeurs culturelles et la structure. Sans aucun doute, l’Etat joue un rôle important dans la reproduction du symbole politique, à savoir les valeurs asiatiques ainsi que celles de la démocratie libérale. Mais, celles-ci ont besoin d’une situation favorable dans laquelle le symbole peut être reproduit et avoir un effet légitime.
Conclusion : une réflexion ontologique sur le concept de « légitimité »
Pour conclure, j’aimerais mener une réflexion sur le concept de « légitimité », si cher à la science politique. D’après Max Weber, il existe trois types-idéaux de légitimité, à savoir, traditionnel, charismatique et légo-relationnel. Ceux-ci se présentent comme substantiels, c’est-à-dire qu’ils sont considérés comme objectivement « au-delà ». A cet égard, un régime politique est légitime, lorsqu’il en a la légitimité, et un régime en place, est un régime légitime. Cette tautologie s’avère bien difficile à appliquer dans les études politiques.
A travers la hiérarchie de valeurs qui se construit au cours de la modernisation, au sens large, cette recherche se propose de présenter une perspective relationniste à propos du concept de « légitimité ». Par cette perspective relationniste, ce qui est légitime correspond à ce qui présente les valeurs, se trouvant en haut de la hiérarchie de valeurs. A l’opposé, il existe aussi un système de valeurs qui se trouve en bas, en montrant que celui en haut est supérieur, et par conséquent plus légitime. Par ce biais, la tradition inventée devient légitime, dans la mesure où elle a pour effet de créer une moralité de Nous qui est supérieure à celle de l’Autre. Le dirigeant charismatique est légitime, car son charisme est l’incarnation d’une moralité de Nous qui est supérieure à celle de l’Autre. Ainsi, le système légal rationnel est légitime, car il manifeste une rationalité favorable au besoin de satisfaire les valeurs qui se trouvent en haut.
Pour Taiwan, dire non aux valeurs asiatiques lui permet de s’articuler autour des valeurs occidentales, considérées comme universelles. Lorsqu’elles sont universelles par rapport au particularisme des valeurs asiatiques, elles sont morales, et même plus, légitimes. La démocratie libérale lui fait imaginer un « Nous » qui est supérieur à l’Autre, à savoir les régimes autoritaires, surtout la Chine. Toutefois, les discours asianistes se sont mis et se mettent encore à jour tout au long de la modernisation. Leur légitimité renforce leur particularité à l’égard des valeurs occidentales, dites universelles. La recherche d’une voie différente de celle occidentale se trouve au centre du débat asianiste. Par conséquent, les valeurs asiatiques sont légitimes, parce qu’elles créent un « Nous » supérieur à l’Autre, à savoir, l’Occident.
Le discours autour du concept de l’Asie, à savoir l’Asianisme, ne date pas des années 80. Il a une histoire beaucoup plus longue qui remonte à l’époque moderne. Mais, notons que pour les valeurs asiatiques, les vieux discours asiatistes n’ont jamais entraîné autant des débats contradictoires et enrichissants que récemment, ni pour la « sphère de co-prospérité de grande Asie de l’Est » à l’époque d’entre-guerre, ni pour le capitalisme asiatique dans les années 70. (Pourquoi ? Je l’expliquerai.) En conséquence, pour mieux comprendre les valeurs asiatiques, cette recherche tente de les confronter avec la modernité qui a donné naissance à des discours asianistes, ainsi que la mise en place de la hiérarchie des valeurs Asie/l’Occident.
1.La modernisation et la naissance de l’identité asiatique à l’époque impérialiste
Tout au long de la modernisation, au sens large, l’identité de Je et celle de Nous se sont développés simultanément. La première s’est construite au fil de l’individualisation de la société moderne, à savoir, la marchandisation, la constitutionnalisation des droits de l’homme, etc. En même temps, la deuxième s’est produite en créant des unités sociales à travers leur propre conscience identitaire, par exemple, la nation, l’ethnie, et l’Asie, etc. Etant donné que ces deux genres d’identité vont de pair avec les temps modernes, plus l’identité de Je se développe en faveur de l’institution politico-économique, le plus l’identité de Nous se renforce à l’aide de la politique gouvernementale, et plus important, de la société elle-même. A cet égard, ces deux identités sont auto productives et réciproquement renforcées.
L’identité asiatique, quant à elle, est un genre de l’identité de Nous, qui s’est développé tout d’abord en Asie de l’Est, à savoir au Japon, en Corée et en Chine dans la seconde moitié du 19ème siècle. Ces trois pays sont demeurés indépendants des pays occidentaux, en entrant par eux-mêmes dans le monde moderne, c’est-à-dire, le marché mondial et le système interétatique. En conséquence, les discours asiatistes ont émergé dans le but de renforcer le social en regroupant les pays asiatiques vis-à-vis des pays occidentaux. S’opposant à l’Occident, l’Asie fut inventée à travers des caractères, soi-disant asiatiques, à savoir, la race (le Jaune), la philosophie (le Confucianisme), la religion (le Bouddhisme), l’esprit (l’amour). Vu son rapport étroit avec la modernisation, les discours asiatistes se sont développés d’abord et principalement au Japon qui était le pays le plus avancé dans cette région. Cela avait pour but non seulement de consolider la société japonaise, mais aussi d’établir l’Empire japonais à l’époque impérialiste. En 1895, le Japon a vaincu la Chine en colonisant Taiwan. En 1938, le Japon a déclenché la deuxième guerre mondiale en annonçant établir la « Sphère de la co-prospérité de la Grande Asie de l’Est », dont Singapour faisait une partie.
2.Les discours asianistes à l’époque développementaliste
En 1945, la deuxième guerre mondiale a touché sa fin. Mais avec la guerre froide, Taiwan, alors colonie japonaise, est passé sous la tutelle du KMT, le Parti Nationaliste Chinois, alors en guerre civile avec la Chine communiste. Singapour, qui était de son côté une colonie anglaise, fut proclamée indépendante, en 1964. Les deux pays étaient du côté de l’Occident, c’est-à-dire, le camp capitaliste. Dans le monde capitaliste mondial, Taiwan et Singapour se trouvent à la périphérie, non seulement au niveau économique, mais aussi géopolitique. De plus, l’accent est mis sur le plan culturel en parlant de la périphérie. Depuis l’expansion de la civilisation occidentale en Asie, voire dans le monde entier, une hiérarchie culturelle de valeurs s’est instaurée, où la civilisation occidentale se situe en haut, et plaçant les autres en bas. A cet égard, la civilisation occidentale est considérée non seulement supérieure, mais aussi comme le futur unique, la destinée des autres civilisations. Les autres sociétés sont jugées comme traditionnelles, et se dirigeant vers le modernisme, à savoir, le modèle occidental.
En conséquence, le projet modernisateur s’est développé dans ces pays à l’aide de l’Occident, surtout les Etats-Unis, sous le régime autoritaire afin de contre- balancer le camp socialiste. C’était l’époque développementaliste où Taiwan et Singapour ont connu un succès économique rapide. Le débat sur l’éthique confucéenne et son rapport avec la marchandisation fut ainsi lancé. A l’instar de l’éthique protestante présentée par Max Weber, l’éthique confucéenne constituait l’argument explicatif du développement économique, reposant essentiellement sur le facteur culturel, sans considérer le contexte sociopolitique. Cela est une invention de la tradition. Parce qu’au moment où l’économie asiatique n’était pas brillante pas, c’est aussi à cause de l’éthique confucéenne, l’approche culturaliste cherche des explications de façon sélective, en fonction de la situation du moment, de ses propres besoins. A cet égard, il convient de dire que ce n’est pas l’éthique confucéenne qui a contribué au développement économique. Mais au contraire, c’est le développement économique qui invoque le besoin du sens communautaire, de la solidarité sociale, à savoir, l’identité de Nous. Une communauté asiatique se forme au plan culturel, donnant aux Asiatiques une plus forte confiance, pour faire face à l’Occident, grâce à leur succès économique.
Ce genre du discours asianiste se manifeste comme une tradition modernisée dans le sens où l’éthique confucéenne est la tradition inventée qui incarne les valeurs modernisatrices. Entant mis en rapport avec le fonctionnement du marché, l’éthique confucéenne montre une autre voie vers le développement économique, où l’accent est mis sur les réseaux sociaux ainsi que les valeurs communautaires. Néanmoins, ceux-ci ne sont pas à l’asiatique. Mais, il convient de dire qu’ils ont pour effet de faciliter la politique développementaliste, car ils contribuent à mobiliser les ressources socio-économiques en réduisant le budget gouvernemental en matière de politique sociale. En conséquence, sans intention de construire une communauté régionale comme celle de l’époque impérialiste, l’éthique confucéenne n’a pour but que de servir au développement économique. Bref, elle fonde le discours asianiste à l’époque du développementalisme.
3.Le glissement de la hiérarchie des valeurs
Tout au long de la modernisation, l’Asie de l’Est se développe en marchant, de la périphérie vers le centre. Tout d’abord, ce fut le Japon dans les années 60, et les « petits tigres », y compris Taiwan et Singapour, dans les années 70. Toutefois, la montée de la puissance asiatique réside non seulement au plan économique, mais aussi culturel. Pour la hiérarchie de valeurs que j’ai présentée à l’époque impérialiste, la civilisation occidentale se trouvait en haut de cette hiérarchie, alors que les autres se situaient en bas. Toutefois, comme l’éthique confucéenne a pour effet de montrer une autre voie vers le développement économique, nous pouvons constater que cette hiérarchie de valeurs a commencé à bouger.
Dans les années 60, les valeurs modernisatrices se trouvaient principalement à Taiwan ainsi qu’à Singapour. Par exemple, Lee Kwan-Yew, premier Ministre à ce moment, a déclaré que le succès économique de Singapour reposait non pas sur les valeurs asiatiques, mais sur les valeurs victoriennes. Ces valeurs asiatiques n’étaient pas comme celles dans les années 70. Par ce biais, la modernisation s’oriente non seulement vers le développement socio-économique, mais aussi culturel. Toutefois, cela n’était plus le cas à partir des années 70 au plan culturel. Premièrement, ce fut l’éthique confucéenne qui fit bouger cette hiérarchie de valeur dans les années 70. Ensuite, les valeurs asiatiques sont mises à jour dans les années 80, à Singapour, mais pas à Taiwan. Pourquoi ?
II.Pourquoi Taiwan et Singapour n’ont pas adopté la même attitude envers les valeurs asiatiques ?
Cette section vise à répondre séparément pourquoi Taiwan et Singapour ont eu des attitudes différentes à propos des valeurs asiatiques par une même structure, à savoir, la hiérarchie de valeurs. En plus, le concept de « légitimité » se trouve au centre pour expliquer pourquoi ces deux pays ont des attitudes différentes. Enfin, cette recherche s’achève en réfléchissant le concept de « légitimité » par une perspective relationniste, au lieu du substantialisme, par la hiérarchie de valeurs que présente cette recherche.
1.Le cas de Singapour
Pourquoi les valeurs asiatiques se sont développées à Singapour dans les années 80 ? On dit que les valeurs asiatiques ont pour but de renforcer le régime autoritaire vis-à-vis de la soi-disant « troisième vague de la démocratisation ». C’est une explication sans doute valable, mais pas suffisante, car les Sud-coréens qui ont connu un processus de démocratisation dans les années 80, parlent aussi de valeurs asiatiques. Bien que la version coréenne soit différente de la singapourienne, les valeurs asiatiques et les discours asianistes sont répandus aussi dans le pays démocratisé. A travers le concept de « légitimité », je tente d’expliquer pourquoi le gouvernement singapourien a commencé à promouvoir les valeurs asiatiques au lieu des victoriennes dans les années 80. Brièvement, on peut expliquer ce basculement parce que la hiérarchie de valeurs bouge.
Amartya Sen, lauréat du prix Nobel d'économie, pense que les valeurs asiatiques ont pour but de consolider le régime autoritaire singapourien ainsi que de promouvoir le développement économique. Toutefois, pourquoi une telle affirmation ? Pourquoi les valeurs asiatiques sont valables, ou légitimes à ce propos ? Au lieu d’instrumentaliser les valeurs asiatiques, j’aimerais mettre l’accent sur l’aspect moral des valeurs asiatiques. Il s’agit de la moralité, car les valeurs asiatiques sont, essentiellement, un parti important dans le sens où elles se présentent comme des éléments communautaires. En créant une communauté imaginée, les valeurs asiatiques donnent un sens à l’identité du Nous au cours de la modernisation. A cet égard, ce qui est important, c’est de s’interroger sur l’adjective, à savoir, « asiatique », ainsi que sur le moment où les valeurs asiatiques ont apparu. Pourquoi ce sont les valeurs « asiatiques », mais pas les valeurs, par exemple, « singapouriennes » ? Et, comme je viens d’évoquer, pourquoi dans les années 80, le gouvernement singapourien a commencé à promouvoir les valeurs asiatiques au lieu des victoriennes?
D’après Ronald Inglehart, le monde est entré dans une époque post-matérialiste à partir des années 70, où l’accent est mis sur la qualité de la vie, l’environnement, la démocratie et les droits de l’Homme etc. Cela est le résultat du développement économique. Etant donné le succès économique qu’a connu l’Asie de l’Est durant cette période, ces valeurs ont incontestablement pénétré Singapour, ainsi que Taiwan. Pourtant, Taiwan a commencé à se démocratiser dans les années 80, alors que Singapour reste toujours un régime autoritaire. A cet égard, comment font les dirigeants singapouriens pour légitimer leur régime politique dans un monde de plus en plus mondialisé ? La réponse réside dans les valeurs asiatiques.
Les valeurs asiatiques ainsi que la démocratie asiatique furent promues dans les années 80, visant à légitimer le régime autoritaire à l’égard des valeurs post- matérialistes. Elles sont légitimes, non seulement à l’aide de la propagande gouvernementale du Parti d’Action Populaire (PAP), mais aussi, grâce au besoin plus global de valeurs communautaires vis-à-vis des changements induits par la modernisation. Mais, pourquoi ces valeurs communautaires sont proclamées au nom de l’Asie?
Premièrement, les valeurs asiatiques se lient au « Miracle économique asiatique». Ceci concerne non seulement le succès économique de l’après-guerre des « quatre dragons», mais aussi les « quatre tigres » et la Chine. La montée des puissances asiatiques sur le plan économique confère des valeurs au mot, dit asiatique.
Deuxièmement, les valeurs asiatiques s’articulent autour de l’éthique confucéenne qui a aussi connu leur succès au plan culturel. Etant donné que l’éthique confucéenne a gagné du terrain et que la valeur post-matérialiste a pénétré Singapour, la hiérarchie de valeurs a tellement changé que la valeur victorienne ne se trouve plus en haute.
Troisièmement, tout au long de la modernisation, l’identité de Je se développe, alors que les valeurs asiatiques ont pour effet de renforcer l’identité de Nous. Cette identité de Je, d’après les dirigeants singapouriens, est considérée comme des facteurs nuisant à / qui nuit à la solidarité sociale. Puisque le « Miracle économique » et l’éthique confucéenne ont prouvé leur succès, les valeurs asiatiques furent promues par opposition aux celles occidentales. Ces dernières, longtemps considérées comme les méfaits d’une civilisation individualiste, furent diabolisées par les dirigeants singapouriens.
Quatrièmement, en mettant l’accent sur l’ordre social ainsi que le développement économique, les valeurs asiatiques ont eu pour effet de renforcer la compétitivité économique de ces pays dans un monde de plus en plus mondialisé. A cet égard, la démocratie asiatique fut liée aux valeurs asiatiques pour faire face aux valeurs post-matérialistes. Vu la légitimité des valeurs asiatiques, la démocratie asiatique a pour mission de contredire les valeurs, dites universelles, de la démocratie libérale ainsi que les droits de l’Homme.
Enfin, les valeurs asiatiques se révélèrent plus favorables à la construction de l’identité singapourienne que l’éthique confucéenne. Lorsque l’on étudie le discours sur les valeurs asiatiques, on constate que celles-ci se rapprochent de l’éthique confucéenne qui s’accentue sur l’éthique du marché ainsi que la valeur communautaire. Toutefois, à la place de l’éthique confucéenne, les valeurs asiatiques sont plus favorables pour un pays multiethnique tel que Singapour, car la première est considérée comme chinoise.
2.Le cas de Taiwan
Mais, pourquoi les valeurs asiatiques n’ont pas connu de telles répercussions à Taiwan ? Les valeurs asiatiques n’ont suscité presque aucun intérêt pour Taiwan après les années 80. Au milieu de cette décennie, Taiwan a connu, en effet, une démocratisation de son régime. Néanmoins, cela n’explique pas toutes les raisons pour lesquelles les valeurs asiatiques ne se sont pas répandues à Taiwan. Car la Corée du Sud, un des « quatre dragons », qui s’est démocratisé dans la même période, a invoqué aussi les valeurs asiatiques, bien qu’elles soient différentes de celles avancées par les Singapouriens. A ce propos, comment explique-t-on que les Taiwanais ne parlent pas des valeurs asiatiques ?
Premièrement, tout au long du développement économique depuis les années 70, les valeurs post-matérialistes sont très répandues à Taiwan. L’accent est mis sur la qualité de la vie, l’environnement ainsi que la démocratie et les droits de l’Homme. Cela eut pour effet non seulement de démocratiser le régime autoritaire, mais de même de consolider la démocratie libérale.
Deuxièmement, la démocratisation taiwanaise a entraîné avec elle le nationalisme taiwanais, qui s’écarte essentiellement des valeurs asiatiques. Le nationalisme taiwanais s’était développé tout d’abord sous la domination japonaise dans les années 20. A cette époque, la façon dont l’Empire japonais gouvernait Taiwan consistait à l’assimiler à sa « Sphère de co-prospérité de la Grande Asie de l’Est ». Pour faire face à ce discours asianiste, le nationaliste taiwanais se mit du côté de l’Occident en parlant de liberté et de démocratie libérale.
Troisièmement, la démocratie libérale a eu pour effet d’ancrer Taiwan au monde occidental, en s’opposant à la Chine. Vu l’importance de la Chine sur le plan économique ainsi que géopolitique, militaire, et la tension dans le détroit de Taiwan, la démocratie libérale est considérée comme la meilleure, voire le seul moyen de promouvoir Taiwan dans la scène internationale. A ce propos, la démocratie libérale sert aussi aux valeurs géopolitiques.
En bref, Taiwan ne manifeste que peu d’intérêts pour les valeurs asiatiques. Par une comparaison de l’attitude entre Taiwan et Singapour à propos des valeurs asiatiques, cette recherche montre que leur différence s’explique par la hiérarchie des valeurs. Cette hiérarchie de valeurs est loin d’être statique. Elle s’est transformée à partir des années 70, c’est-à-dire tout au long du développement économique. D’un côté, l’éthique confucéenne a vu le jour, alors que d’un autre côté les valeurs post-matérialistes se sont répandues. Pour Singapour, l’accent est mis sur la première, en la transformant en valeurs asiatiques. Pour Taiwan, la deuxième a gagné du terrain en entraînant la démocratie libérale.
Mais, cela ne veut pas dire que les valeurs culturelles sont isolées et décisives à l’égard de la structure. Comme les valeurs post-matérialistes ainsi que l’éthique confucéenne se sont développées dans ces deux pays à la fois, leur propre attitude à propos des valeurs asiatiques s’accomplissent en fonction de la structure. Cette structure, comme je l’ai montré, induit leur régime politique ainsi que leur position dans le cadre géopolitique et économique international. Par ce biais, il convient de dire qu’il y a une influence circulaire/réciproque entre les valeurs culturelles et la structure. Sans aucun doute, l’Etat joue un rôle important dans la reproduction du symbole politique, à savoir les valeurs asiatiques ainsi que celles de la démocratie libérale. Mais, celles-ci ont besoin d’une situation favorable dans laquelle le symbole peut être reproduit et avoir un effet légitime.
Conclusion : une réflexion ontologique sur le concept de « légitimité »
Pour conclure, j’aimerais mener une réflexion sur le concept de « légitimité », si cher à la science politique. D’après Max Weber, il existe trois types-idéaux de légitimité, à savoir, traditionnel, charismatique et légo-relationnel. Ceux-ci se présentent comme substantiels, c’est-à-dire qu’ils sont considérés comme objectivement « au-delà ». A cet égard, un régime politique est légitime, lorsqu’il en a la légitimité, et un régime en place, est un régime légitime. Cette tautologie s’avère bien difficile à appliquer dans les études politiques.
A travers la hiérarchie de valeurs qui se construit au cours de la modernisation, au sens large, cette recherche se propose de présenter une perspective relationniste à propos du concept de « légitimité ». Par cette perspective relationniste, ce qui est légitime correspond à ce qui présente les valeurs, se trouvant en haut de la hiérarchie de valeurs. A l’opposé, il existe aussi un système de valeurs qui se trouve en bas, en montrant que celui en haut est supérieur, et par conséquent plus légitime. Par ce biais, la tradition inventée devient légitime, dans la mesure où elle a pour effet de créer une moralité de Nous qui est supérieure à celle de l’Autre. Le dirigeant charismatique est légitime, car son charisme est l’incarnation d’une moralité de Nous qui est supérieure à celle de l’Autre. Ainsi, le système légal rationnel est légitime, car il manifeste une rationalité favorable au besoin de satisfaire les valeurs qui se trouvent en haut.
Pour Taiwan, dire non aux valeurs asiatiques lui permet de s’articuler autour des valeurs occidentales, considérées comme universelles. Lorsqu’elles sont universelles par rapport au particularisme des valeurs asiatiques, elles sont morales, et même plus, légitimes. La démocratie libérale lui fait imaginer un « Nous » qui est supérieur à l’Autre, à savoir les régimes autoritaires, surtout la Chine. Toutefois, les discours asianistes se sont mis et se mettent encore à jour tout au long de la modernisation. Leur légitimité renforce leur particularité à l’égard des valeurs occidentales, dites universelles. La recherche d’une voie différente de celle occidentale se trouve au centre du débat asianiste. Par conséquent, les valeurs asiatiques sont légitimes, parce qu’elles créent un « Nous » supérieur à l’Autre, à savoir, l’Occident.
引用URL
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回應文章 
好酷,貼法文所以連小廣告也是法文版。
新交的文章是這一篇嗎?
我只看得懂pourquoi布瓜,當然還有台灣和新加坡。
我應該要好好學法文才對,我的碩士論文受一個法國人啟蒙甚多,他是做數術九宮圖的,常去中國。
新交的文章是這一篇嗎?
我只看得懂pourquoi布瓜,當然還有台灣和新加坡。
我應該要好好學法文才對,我的碩士論文受一個法國人啟蒙甚多,他是做數術九宮圖的,常去中國。
Posted by 運詩人
at 2005年09月17日 04:18
To 運詩人
是的,這篇就是我剛交的文章,過幾天要在Congré du Réseau Aise上發表的,看不懂沒關係,我會找機會將文章寫成英文或中文再發表出去,屆時一定主動給你一份--當然,前題是你有興趣囉!
這篇文章是比較新加坡與台灣為什麼對「亞洲價值」,有不同的態度,同時也以這個比較研究,回到了對「正當性」這概念的反省--提出一個「關係主義」的架構,來反省過去「實質論」的角度。
小廣告也是法文的,並不意外,這是因為這廣告是google所做的,它們有text scanning的功能,從內文中的關鍵字,再來找到適當的廣告附上去--這也就是有些使用gmail信箱的人,批評gmail的原因了。
是的,這篇就是我剛交的文章,過幾天要在Congré du Réseau Aise上發表的,看不懂沒關係,我會找機會將文章寫成英文或中文再發表出去,屆時一定主動給你一份--當然,前題是你有興趣囉!
這篇文章是比較新加坡與台灣為什麼對「亞洲價值」,有不同的態度,同時也以這個比較研究,回到了對「正當性」這概念的反省--提出一個「關係主義」的架構,來反省過去「實質論」的角度。
小廣告也是法文的,並不意外,這是因為這廣告是google所做的,它們有text scanning的功能,從內文中的關鍵字,再來找到適當的廣告附上去--這也就是有些使用gmail信箱的人,批評gmail的原因了。
Posted by MF
at 2005年09月17日 04:35
MF你不要告訴我,你連廣告都有研究?!
看不懂啦,連中文說明都含含糊糊,只會釣盡人胃口,太沒誠意了!「亞洲價值」?這幾年從子安宣邦《東亞儒學:批判與方法》、汪暉〈亞洲想像的譜系〉(三聯)、孫歌的《亞洲意味著什麼》(台北巨流)、佩里‧安德森〈南中國海上的藍與綠〉到陳光興〈「亞洲」作為方法〉,亞洲討論突然也熱門起來。衷心期待MF翻成中文,好好衝擊一下小島人民的亞洲想像!
看不懂啦,連中文說明都含含糊糊,只會釣盡人胃口,太沒誠意了!「亞洲價值」?這幾年從子安宣邦《東亞儒學:批判與方法》、汪暉〈亞洲想像的譜系〉(三聯)、孫歌的《亞洲意味著什麼》(台北巨流)、佩里‧安德森〈南中國海上的藍與綠〉到陳光興〈「亞洲」作為方法〉,亞洲討論突然也熱門起來。衷心期待MF翻成中文,好好衝擊一下小島人民的亞洲想像!
Posted by 1992
at 2005年09月17日 07:22
來湊個熱鬧好了。
我同前面兩位女士一樣,等你翻譯成中文。
我同前面兩位女士一樣,等你翻譯成中文。
Posted by Pleiade
at 2005年09月17日 07:40
To ling
你介紹的那幾篇文章,除了第一篇之後,其它的剛好我也都有看到。謝謝。汪暉我還剛好認識,他來社科院演講,我當然把握機會,跟他聊了一下我的研究,然後我們又通信了幾次,從他那裡,得到不少有用的觀點與資訊--他真是位謙謙君子。
這篇文章我想用英文投稿的機會比較大。不過,其中的一部分,我會在十月十四日於中研院裡先行發表,以:「為什麼是『亞洲』?」為題,主要是討論新加坡的部分(我會在寫完之後,也貼上來)。台灣的部分--其實,我的答案正好是,台灣人沒有,也不會有,亞洲想像,亞洲主義在台灣,不具有正當性,也就是說,是炒不起來的--不用去衝擊,當然也衝擊不到--當然,我知道你想說的不是這個。「亞洲主義」是我博論的一部分,當然是會有一些有趣的想法,不過,說要「衝擊」,可真是太過溢美了。
你介紹的那幾篇文章,除了第一篇之後,其它的剛好我也都有看到。謝謝。汪暉我還剛好認識,他來社科院演講,我當然把握機會,跟他聊了一下我的研究,然後我們又通信了幾次,從他那裡,得到不少有用的觀點與資訊--他真是位謙謙君子。
這篇文章我想用英文投稿的機會比較大。不過,其中的一部分,我會在十月十四日於中研院裡先行發表,以:「為什麼是『亞洲』?」為題,主要是討論新加坡的部分(我會在寫完之後,也貼上來)。台灣的部分--其實,我的答案正好是,台灣人沒有,也不會有,亞洲想像,亞洲主義在台灣,不具有正當性,也就是說,是炒不起來的--不用去衝擊,當然也衝擊不到--當然,我知道你想說的不是這個。「亞洲主義」是我博論的一部分,當然是會有一些有趣的想法,不過,說要「衝擊」,可真是太過溢美了。
Posted by MF
at 2005年09月17日 07:46
To Pleiade
少來了,你這打蛇隨棍上的招數,我早知道了--別用「湊熱鬧」,還說是「兩位女士」等的修辭,來包藏禍心--我知道你對我找你翻譯的事,懷恨在心,趁機要我翻譯中文。
好吧,總是你也不回台灣了,回台灣前的這一頓,你也吃得到了,就別怨了。
少來了,你這打蛇隨棍上的招數,我早知道了--別用「湊熱鬧」,還說是「兩位女士」等的修辭,來包藏禍心--我知道你對我找你翻譯的事,懷恨在心,趁機要我翻譯中文。
好吧,總是你也不回台灣了,回台灣前的這一頓,你也吃得到了,就別怨了。
Posted by MF
at 2005年09月17日 07:59
「我的答案正好是,台灣人沒有,也不會有,亞洲想像,亞洲主義在台灣,不具有正當性。」好一個直接了當,看來像我這樣還活在戰後民族狂想中的島國人民好好面壁一下(最好牆壁上掛張世界地圖)!
Posted by 1992
at 2005年09月17日 08:11
不要太難過--其實你應該高興才是的--我說應該高興的判準,是因為這才是你之所以可以敏銳地寫現代性與中國性的原因--而不是因為我對亞洲主義有什麼「好」或「不好」的價值判斷。
亞洲主義是相對於所謂「普遍的」西方文化,而產生的「另一條路」的主張--亞洲主義沒有什麼偉大的,更不是得要去污名的,我的研究主要是從現代性的角度,來了解為什麼會有亞洲主義,而在不同的時期裡,亞洲主義的論述,又會有什麼不同的內容。
台灣之所以不會有亞洲主義的論述,是因為台灣對於「他者」的想像,並不是亞洲主義的論述裡,所設想的「西方」。因為,不僅因為台灣已經有了自由民主的體制,使得台灣不願意接受亞洲主義中,關於亞洲價值,或亞洲式民主的論述,實際上也是自由民主,讓台灣與西方的「普世」價值相連結,而會自覺到,不僅比較安全--相對於中國的威脅--而且是優越的--相對於威權的體制。
因此,台灣沒有,也不會有亞洲主義--不過,這並不代表了台灣沒有「亞洲」的文化(我想ling是在這部分混淆了,才會擔心),相反的,台灣可能是亞洲國家裡,相對上來說,有最多「亞洲」的文化的國家了:她不會排斥日本文化,對韓流更是大方,中華文化可是根深蒂固,而現在也有愈來愈多的東南亞文明--好消息還不只是這些,從之前提到的,台灣實際上是非常「西方」的,它不僅在自由民主的政治體制上接近西方,它的經社文化也是非常西方的,而且可以說是比其它的亞洲國家都「西方」---
於是,一方面它很「亞洲」;另一方面,又非常地「西方」,從這角度下看來,ling 有絕佳的位置與敏感度,來了解現代性轉化間的文化意涵了--面壁做什麼?寫論文去比較實在。
亞洲主義是相對於所謂「普遍的」西方文化,而產生的「另一條路」的主張--亞洲主義沒有什麼偉大的,更不是得要去污名的,我的研究主要是從現代性的角度,來了解為什麼會有亞洲主義,而在不同的時期裡,亞洲主義的論述,又會有什麼不同的內容。
台灣之所以不會有亞洲主義的論述,是因為台灣對於「他者」的想像,並不是亞洲主義的論述裡,所設想的「西方」。因為,不僅因為台灣已經有了自由民主的體制,使得台灣不願意接受亞洲主義中,關於亞洲價值,或亞洲式民主的論述,實際上也是自由民主,讓台灣與西方的「普世」價值相連結,而會自覺到,不僅比較安全--相對於中國的威脅--而且是優越的--相對於威權的體制。
因此,台灣沒有,也不會有亞洲主義--不過,這並不代表了台灣沒有「亞洲」的文化(我想ling是在這部分混淆了,才會擔心),相反的,台灣可能是亞洲國家裡,相對上來說,有最多「亞洲」的文化的國家了:她不會排斥日本文化,對韓流更是大方,中華文化可是根深蒂固,而現在也有愈來愈多的東南亞文明--好消息還不只是這些,從之前提到的,台灣實際上是非常「西方」的,它不僅在自由民主的政治體制上接近西方,它的經社文化也是非常西方的,而且可以說是比其它的亞洲國家都「西方」---
於是,一方面它很「亞洲」;另一方面,又非常地「西方」,從這角度下看來,ling 有絕佳的位置與敏感度,來了解現代性轉化間的文化意涵了--面壁做什麼?寫論文去比較實在。
Posted by MF
at 2005年09月17日 09:13
柯小姐的新加坡,見連結﹝我知道MF喜歡美女﹞。
所以你十月十四就已經在台灣了?
〝亞洲主義〞與〝儒學文化圈〞有沒有什麼關係呀?
所以你十月十四就已經在台灣了?
〝亞洲主義〞與〝儒學文化圈〞有沒有什麼關係呀?
Posted by 運詩人
at 2005年09月17日 16:07
我想我沒否定台灣這些年趕流行亞洲風(最習見的日本風、韓流、芭里島的南洋風.......),你那句話「非常西方」,直接讓人聯想到陳光興說的台灣長久以來的「脫亞入美」效應,台灣的亞洲想像很大部分是依循美國的亞洲想像,卻始終沒意識到自己站的位置。或許就是這樣的想像,讓它可以跟大陸的象徵距離這麼遙遠而完全不覺突兀;讓它可以如此鄙視東南亞各國而沾沾自喜,而忘了自身的歷史現實!
Posted by 1992
at 2005年09月17日 16:51
說到新加坡,我想到兩部電影:【小孩不笨】與【海南雞飯】。﹝相對於我妹妹的正經,我只能提供這種不正經的路數﹞
【小孩不笨】中的望子成龍、萬般皆下品,唯有讀書高的士大夫情結;【海南雞飯】的同性戀議題,直接衝擊的是〝傳宗接代〞的亙古觀念。我好奇的是,何以新加坡社會中還存留著如此頑固的〝傳統〞。擺在資本主義跨國企業下的現代性背景中,十分格格不入。這兩種異質的元素,竟能共存不悖。這兩部片中的許多觀念,在我這個早已〝脫亞入美〞的台灣人眼中,是十分迂腐八股過時陳舊的。﹝潛台詞是電影不怎麼好看,不過作為反映新加坡現實的一個切片,應有其代表性﹞。
題外話是,拜【小孩不笨】之賜引進台灣的美珍香肉乾,還真是好吃。
【小孩不笨】中的望子成龍、萬般皆下品,唯有讀書高的士大夫情結;【海南雞飯】的同性戀議題,直接衝擊的是〝傳宗接代〞的亙古觀念。我好奇的是,何以新加坡社會中還存留著如此頑固的〝傳統〞。擺在資本主義跨國企業下的現代性背景中,十分格格不入。這兩種異質的元素,竟能共存不悖。這兩部片中的許多觀念,在我這個早已〝脫亞入美〞的台灣人眼中,是十分迂腐八股過時陳舊的。﹝潛台詞是電影不怎麼好看,不過作為反映新加坡現實的一個切片,應有其代表性﹞。
題外話是,拜【小孩不笨】之賜引進台灣的美珍香肉乾,還真是好吃。
Posted by 運詩人
at 2005年09月17日 17:23
To 運詩人
當然得在十四日之前就到台北了,不然就開天窗了。亞洲主義與儒學文化圈有關,而且關係密切--它們都是從文化上,建構一個「想像的共同體」,儒學是亞洲主義建構的核心要素之一,從19世紀在東北亞及中國的亞洲主義論述開始,到戰後的儒家倫理,這些亞洲主義裡,都有儒學--即使是亞洲價值、亞洲民主,也經常與儒家倫理連上關係。
傳統與現代之間的關係,實際上本身就是同時存在的,一方面「格格不入」,但另一方面,又是「共存不悖」,為什麼會如此,答案很簡單,一來,因為什麼是傳統、什麼是現代,本身都不是那麼純粹地「外在」,都不是二個本質上不相容的客觀存在,我們將分析層次上的概念,當作是實然而的生活,先想像了現代與傳統二個「東西」,才會覺得它們會有「共存不悖」、「格格不入」的感覺。「矛盾」、「異質」、「分歧」,本來就是人存在的本質,而且我還要在這些概念我都加上了現象學式的括號,因為我們都先在地設想了「矛」與「盾」,「同」與「異」等,有個客觀的樣態在那(out there),而才會有「分歧」……存有是什麼?它是「說不得」。
To ling
我並不認同陳光興所說的台灣「依循」美國的亞洲想像,台灣對亞洲的看法,確實會受美國影響--正如同也會受日本、中國影響一樣--但台灣的亞洲想像,也有它特定的地緣政經上的因素,及歷史文化的機緣,而使得台灣的「存有上的位置」,就是與美國(當然也與其它國家)不同。台灣,有它的主體性,也有它的能動性,不會「依循」美國。
那麼,台灣的主體性是什麼?我不想用本質性地方法來界定,即說它是「亞洲國家」、「儒家社會」、「華人文化圈」、「資本主義的市場」……都是,也都不是。就像,我可以是男人、是留法的、是某公立高中畢業的,或是在階級上、族群上、國家認同上、性別取向上,都有不同的「定位」,以及很重要的,我是我爸媽的兒子,還有,我是我…這些,都是我,也都不是我,我是誰?很難說,在有些場合上,我會很明顯地以研究者的身份說話,有些場合,卻會變成腦袋不清楚的痴情漢,有些場合,會……假裝的嗎?當然不是,但說是完全自然的嗎?我也不知道,因為能說話、會知道的我的「心」與「腦」,都不知道;唯一知道的是我的「身體」(梅洛龐蒂),它不說話。
***
一下又「說不得」,一下又「不說話」,可是我卻說了一堆(再次證明了我的矛盾),還是肉乾好吃,要配著啤酒一起來。那一定很過癮。
當然得在十四日之前就到台北了,不然就開天窗了。亞洲主義與儒學文化圈有關,而且關係密切--它們都是從文化上,建構一個「想像的共同體」,儒學是亞洲主義建構的核心要素之一,從19世紀在東北亞及中國的亞洲主義論述開始,到戰後的儒家倫理,這些亞洲主義裡,都有儒學--即使是亞洲價值、亞洲民主,也經常與儒家倫理連上關係。
傳統與現代之間的關係,實際上本身就是同時存在的,一方面「格格不入」,但另一方面,又是「共存不悖」,為什麼會如此,答案很簡單,一來,因為什麼是傳統、什麼是現代,本身都不是那麼純粹地「外在」,都不是二個本質上不相容的客觀存在,我們將分析層次上的概念,當作是實然而的生活,先想像了現代與傳統二個「東西」,才會覺得它們會有「共存不悖」、「格格不入」的感覺。「矛盾」、「異質」、「分歧」,本來就是人存在的本質,而且我還要在這些概念我都加上了現象學式的括號,因為我們都先在地設想了「矛」與「盾」,「同」與「異」等,有個客觀的樣態在那(out there),而才會有「分歧」……存有是什麼?它是「說不得」。
To ling
我並不認同陳光興所說的台灣「依循」美國的亞洲想像,台灣對亞洲的看法,確實會受美國影響--正如同也會受日本、中國影響一樣--但台灣的亞洲想像,也有它特定的地緣政經上的因素,及歷史文化的機緣,而使得台灣的「存有上的位置」,就是與美國(當然也與其它國家)不同。台灣,有它的主體性,也有它的能動性,不會「依循」美國。
那麼,台灣的主體性是什麼?我不想用本質性地方法來界定,即說它是「亞洲國家」、「儒家社會」、「華人文化圈」、「資本主義的市場」……都是,也都不是。就像,我可以是男人、是留法的、是某公立高中畢業的,或是在階級上、族群上、國家認同上、性別取向上,都有不同的「定位」,以及很重要的,我是我爸媽的兒子,還有,我是我…這些,都是我,也都不是我,我是誰?很難說,在有些場合上,我會很明顯地以研究者的身份說話,有些場合,卻會變成腦袋不清楚的痴情漢,有些場合,會……假裝的嗎?當然不是,但說是完全自然的嗎?我也不知道,因為能說話、會知道的我的「心」與「腦」,都不知道;唯一知道的是我的「身體」(梅洛龐蒂),它不說話。
***
一下又「說不得」,一下又「不說話」,可是我卻說了一堆(再次證明了我的矛盾),還是肉乾好吃,要配著啤酒一起來。那一定很過癮。
Posted by MF
at 2005年09月17日 18:36
看了柯裕棻的文章,覺得她的文筆真好。好好色人之常情,好好文,也是人之常情吧!!
對她的文筆,我沒有什麼意見,我只是想到了二個人,二本書:Toqueville 的【美國的民主】與Dumont的【階序人】--兩個法國人,一個到了美國,一個到印度,然後寫出了當地人,也寫不出來的經典。
我要說的,當然不是「經典」這兩個字--我總是太吝嗇,柯裕棻的文筆真是不錯,但用上這兩個字,我還是會保留一下--我要說的是「異地人」對「本地文化」的感受。
「魚離開了水,才知道水的存在」。不過,離開了水太久的魚,也就不存在了。我的研究,我的生活經驗,慢慢地也讓我習慣,甚至喜歡上這種「文化越界」的感覺。不過,在同時,我也總是會提醒自已,判斷不是件容易的事,而且,我們又總是用特定的角度與價值--意識到的,及更多沒有意識到的--在判斷著什麼。
研究印度的階序社會,在Dumont之前,很容易地會認為那是一個「不自由」的社會;在Toqueville之前,新大陸那有什麼精緻文化可言,美國的民主當然也是粗魯。在森嚴的印度社會裡,Dumont看到了自由的運作方式;在粗放的美國大陸上,Toqueville指出了民主的精緻之處。他們的作品之所以是經典,不僅說出了前人所看不到的,而且他們還指出了其中非常深刻的要素與運作方式。
不過,最讓我佩服的是,他們總是保留了一個與文化之間的距離,而在文化的穿越跨界之際,不斷地反身自省自已的位置,對自身判斷的影響,而仍能掙脫出既定看法的窠臼,而有新的詮釋。
***
「巴黎對每個人來說,是最美麗的城市(之一),但巴黎人不像每個人。」我總是跟我的朋友們這樣說,對觀光客來說,巴黎真是個寶藏,是個福天洞地,但對巴黎人來說,多了一個鐵塔,又如何?巴黎鐵塔給了我唯一的快樂,是那一次在鐵塔裡用餐時,沒有看到那個剌破天空的三角錐體建築物。沒有效率的,不只是行政官僚,還有生活裡的許多事,但他們在扣款、吃錢時,卻是又快又狠,毫不留情。
巴黎有美的,但對我來說,不是那些藝術味的建築,或建築裡的藝術,而就是生活裡的清靜、優雅--這些是我在台灣看不到的,於是我覺得巴黎美,巴黎好。也許,柯裕棻同樣地,也是因為在台灣看不到什麼,而覺得新加坡美,新加坡好吧!!但她看到的,也同樣是新加坡人看到的嗎?
說真的,我很懷疑。
對她的文筆,我沒有什麼意見,我只是想到了二個人,二本書:Toqueville 的【美國的民主】與Dumont的【階序人】--兩個法國人,一個到了美國,一個到印度,然後寫出了當地人,也寫不出來的經典。
我要說的,當然不是「經典」這兩個字--我總是太吝嗇,柯裕棻的文筆真是不錯,但用上這兩個字,我還是會保留一下--我要說的是「異地人」對「本地文化」的感受。
「魚離開了水,才知道水的存在」。不過,離開了水太久的魚,也就不存在了。我的研究,我的生活經驗,慢慢地也讓我習慣,甚至喜歡上這種「文化越界」的感覺。不過,在同時,我也總是會提醒自已,判斷不是件容易的事,而且,我們又總是用特定的角度與價值--意識到的,及更多沒有意識到的--在判斷著什麼。
研究印度的階序社會,在Dumont之前,很容易地會認為那是一個「不自由」的社會;在Toqueville之前,新大陸那有什麼精緻文化可言,美國的民主當然也是粗魯。在森嚴的印度社會裡,Dumont看到了自由的運作方式;在粗放的美國大陸上,Toqueville指出了民主的精緻之處。他們的作品之所以是經典,不僅說出了前人所看不到的,而且他們還指出了其中非常深刻的要素與運作方式。
不過,最讓我佩服的是,他們總是保留了一個與文化之間的距離,而在文化的穿越跨界之際,不斷地反身自省自已的位置,對自身判斷的影響,而仍能掙脫出既定看法的窠臼,而有新的詮釋。
***
「巴黎對每個人來說,是最美麗的城市(之一),但巴黎人不像每個人。」我總是跟我的朋友們這樣說,對觀光客來說,巴黎真是個寶藏,是個福天洞地,但對巴黎人來說,多了一個鐵塔,又如何?巴黎鐵塔給了我唯一的快樂,是那一次在鐵塔裡用餐時,沒有看到那個剌破天空的三角錐體建築物。沒有效率的,不只是行政官僚,還有生活裡的許多事,但他們在扣款、吃錢時,卻是又快又狠,毫不留情。
巴黎有美的,但對我來說,不是那些藝術味的建築,或建築裡的藝術,而就是生活裡的清靜、優雅--這些是我在台灣看不到的,於是我覺得巴黎美,巴黎好。也許,柯裕棻同樣地,也是因為在台灣看不到什麼,而覺得新加坡美,新加坡好吧!!但她看到的,也同樣是新加坡人看到的嗎?
說真的,我很懷疑。
Posted by MF
at 2005年09月17日 19:31
昨天留言的時候樂多當掉,所以整串文字也掛掉。
大概就是MF你說得很好,我沒有插嘴的餘地﹝想要偷懶,遁逃......﹞
今天早上9點到12點南京東路家教,下午3點到5點士林,晚上7點到9點淡水,晚上10點到隔天日日春義工。累斃了。
大概就是MF你說得很好,我沒有插嘴的餘地﹝想要偷懶,遁逃......﹞
今天早上9點到12點南京東路家教,下午3點到5點士林,晚上7點到9點淡水,晚上10點到隔天日日春義工。累斃了。
Posted by 運詩人
at 2005年09月18日 22:28
謝謝運詩人這麼捧場。寫這種「說不得」、「不說話」的文章,其實很「暴力」,好像是說,再說話的人,就落了下乘了,從這角度來說,實在不是什麼「說得真好」。
看到妳這麼認真工作,我今天竟然又混了一天。竟然的意思是,本來想說今天繼續工作的,但早上醒來後,就上市場買了一大堆水果,還有二顆鮭魚頭;下午就只做了洗衣服一件事,晚上則是將魚頭煮了魚頭湯--因為沒有miso,很失敗。
看到妳這麼認真工作,我今天竟然又混了一天。竟然的意思是,本來想說今天繼續工作的,但早上醒來後,就上市場買了一大堆水果,還有二顆鮭魚頭;下午就只做了洗衣服一件事,晚上則是將魚頭煮了魚頭湯--因為沒有miso,很失敗。
Posted by MF
at 2005年09月19日 04:32
還是煮沙鍋魚頭失敗的MF比較接近平凡的我們,才容得下我們插嘴的餘地!否則連可愛的柯小姐,都可以被肢解成這般政治,還真的「安知魚之樂?」
突然想到北島的《失敗之書》,在他的自序裡這樣寫著:
漂泊是穿越虛無的沒有終點的旅行,歷經無邊的虛無才知道存在有限的意義.
突然想到北島的《失敗之書》,在他的自序裡這樣寫著:
漂泊是穿越虛無的沒有終點的旅行,歷經無邊的虛無才知道存在有限的意義.
Posted by 1992
at 2005年09月19日 05:39
再補一句北島的詩:
必須修改背景,你才能夠重返故鄉.
必須修改背景,你才能夠重返故鄉.
Posted by ling
at 2005年09月19日 05:51
趕快換上背景,不然不能重返故鄉,真是有點讓人擔心。
巴黎這二三天起,也開始變涼了。其實我很喜歡這樣的天氣,因為這樣搭飛機時,可以多穿幾件衣服在身上,皮箱會輕一些,然後我又可以多帶個一二本書回台灣。
***
昨天去看了Jim Jarmusch的電影【Broken Flowers】,以及Andie MacDowell演的【The Last Sign】,我都很喜歡,不過更喜歡後面這部,一來是因為喜歡Andie MacDowell這樣的氣質美女(雖然【Broken Flowers】有沙朗史東,但那不是我的type);再者,故事也比較貼近我,也許不是那麼直接,不過那句話:Even the dead sould be forgiven. 讓我再想了一下,寬恕的意義--我沒有要說一個佔了道德上高地的人,對「下」的寬諒,其實可能更簡單的,就只是了解「人的有限」這件事而已。
離開電影院,我看到滿月高掛天空,我希望大家都可以圓滿--是的,大家,包括幾個我討厭的人--回到家,跟一個朋友在線上遇到,好像心情很不好,我也沒有想要安慰什麼,我想,人總是有權利生氣、心情不好,除非真是需要,生氣、心情不好,不也是一種味道,就生氣、心情不好,我相信大部分的人,總是可以走出來的,更何況,我也沒有能力指引什麼,最多就是聊閒胡扯,然後說一些更生氣,更讓人難過的事,來相濡以沫一下--我想,我是可以討厭什麼人的,那也就是我,我沒有能力忘記所有的事,沒有能力那麼大方地受人欺負--突然,就覺得,又對某些人來說,那也是她/他--覺得可以堂堂正正地討厭人時,卻反而覺得,好像也沒有那麼討厭了--希望大家都圓滿。
很失敗的一個晚上,繞了一圈,之後才發現竟回到了原點。一事無成。
巴黎這二三天起,也開始變涼了。其實我很喜歡這樣的天氣,因為這樣搭飛機時,可以多穿幾件衣服在身上,皮箱會輕一些,然後我又可以多帶個一二本書回台灣。
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昨天去看了Jim Jarmusch的電影【Broken Flowers】,以及Andie MacDowell演的【The Last Sign】,我都很喜歡,不過更喜歡後面這部,一來是因為喜歡Andie MacDowell這樣的氣質美女(雖然【Broken Flowers】有沙朗史東,但那不是我的type);再者,故事也比較貼近我,也許不是那麼直接,不過那句話:Even the dead sould be forgiven. 讓我再想了一下,寬恕的意義--我沒有要說一個佔了道德上高地的人,對「下」的寬諒,其實可能更簡單的,就只是了解「人的有限」這件事而已。
離開電影院,我看到滿月高掛天空,我希望大家都可以圓滿--是的,大家,包括幾個我討厭的人--回到家,跟一個朋友在線上遇到,好像心情很不好,我也沒有想要安慰什麼,我想,人總是有權利生氣、心情不好,除非真是需要,生氣、心情不好,不也是一種味道,就生氣、心情不好,我相信大部分的人,總是可以走出來的,更何況,我也沒有能力指引什麼,最多就是聊閒胡扯,然後說一些更生氣,更讓人難過的事,來相濡以沫一下--我想,我是可以討厭什麼人的,那也就是我,我沒有能力忘記所有的事,沒有能力那麼大方地受人欺負--突然,就覺得,又對某些人來說,那也是她/他--覺得可以堂堂正正地討厭人時,卻反而覺得,好像也沒有那麼討厭了--希望大家都圓滿。
很失敗的一個晚上,繞了一圈,之後才發現竟回到了原點。一事無成。
Posted by MF
at 2005年09月19日 06:32
這法鼓山是回應上頭那句話嗎?突然神聖起來,不過你開頭那句「瑪黑的放蕩與荒唐」明顯地與法師的「意氣是熱惱的,心靈是清涼的;熱惱讓人迷亂,清涼讓人清醒」格格不入!改成「堂堂正正的瑪黑」如何?
Posted by ling
at 2005年09月19日 06:32
從善如劉。
改成堂堂正正的瑪黑--夏天過了,秋天到了,也換個布景。回台灣後,真是得堂堂正正了,不然論文趕不出來的「痴」,卻因為吃得太好而「肥」!!那就太可怕了。
改成堂堂正正的瑪黑--夏天過了,秋天到了,也換個布景。回台灣後,真是得堂堂正正了,不然論文趕不出來的「痴」,卻因為吃得太好而「肥」!!那就太可怕了。
Posted by MF
at 2005年09月19日 06:58
我也很喜歡Andie MacDowell,
性‧謊言‧錄影帶
綠卡
你是我今生的新娘Four Weddings and a Funeral
銀色性男女 Short cuts
美麗的謊言 The Object of Beauty
很喜歡她在裡面的演出。
賈木許的新片看不到真令人忌妒。
對了,【The Last Sign】裏的Tim Roth也是我很喜歡的演員。
性‧謊言‧錄影帶
綠卡
你是我今生的新娘Four Weddings and a Funeral
銀色性男女 Short cuts
美麗的謊言 The Object of Beauty
很喜歡她在裡面的演出。
賈木許的新片看不到真令人忌妒。
對了,【The Last Sign】裏的Tim Roth也是我很喜歡的演員。
Posted by 運詩人
at 2005年09月19日 22:37
不用太忌妒,十一月在台北的影展裡,會有這部電影。
十一月是蠍子的季節。
十一月是蠍子的季節。
Posted by MF
at 2005年09月19日 22:56
沒有miso也無所謂,我比較想吃馬賽魚湯。
提供給你另一個美女的流浪與漂移﹝看我對你多好﹞:
北極沒有陸地。只有長年冰凍的海面。冰塊因為過度巨大,看起來就像得了白化症的陸地。所有陸地該有的顏色,都被沉厚的白雪取代。
可那到底還是冰塊。冰塊底下是海。海洋的季節流來的時候,冰塊就以人類無法覺知的緩慢速度順著洋流的方向飄移。
因此,關於住在冰塊上的愛斯基摩人,該說他們是定居著,還是流浪著。
或許可以這麼說。我們每個人或多或少都擺盪在流浪與定居之間。我們的地圖板塊飄移在熟悉與陌生之間。
耳聞過的事件、目見過的風景;書蟲一般爬過的文字、想過的念頭;身邊聚攏又散去的人事片段。這一切透過和我這個人的關連,以我為座標原點組建起一幅地圖。
但在這地圖的底下,是像北極那樣冷硬的冰雪板塊。
有時它們會無聲地流走。
有時流走的是我。
→→張惠菁‧流浪在海綿城市﹝新新聞﹞
提供給你另一個美女的流浪與漂移﹝看我對你多好﹞:
北極沒有陸地。只有長年冰凍的海面。冰塊因為過度巨大,看起來就像得了白化症的陸地。所有陸地該有的顏色,都被沉厚的白雪取代。
可那到底還是冰塊。冰塊底下是海。海洋的季節流來的時候,冰塊就以人類無法覺知的緩慢速度順著洋流的方向飄移。
因此,關於住在冰塊上的愛斯基摩人,該說他們是定居著,還是流浪著。
或許可以這麼說。我們每個人或多或少都擺盪在流浪與定居之間。我們的地圖板塊飄移在熟悉與陌生之間。
耳聞過的事件、目見過的風景;書蟲一般爬過的文字、想過的念頭;身邊聚攏又散去的人事片段。這一切透過和我這個人的關連,以我為座標原點組建起一幅地圖。
但在這地圖的底下,是像北極那樣冷硬的冰雪板塊。
有時它們會無聲地流走。
有時流走的是我。
→→張惠菁‧流浪在海綿城市﹝新新聞﹞
Posted by 運詩人
at 2005年09月20日 00:23
張惠菁我認識她,所以不算。
不過,總是謝謝運詩人這麼有誠意,我待會出門買一下馬賽魚湯的料理,試試看好不好吃好了--其實我吃過幾次。也許……
不過,總是謝謝運詩人這麼有誠意,我待會出門買一下馬賽魚湯的料理,試試看好不好吃好了--其實我吃過幾次。也許……
Posted by MF
at 2005年09月20日 00:30
是說不算美女,還是因為熟識所以不算?
Posted by 運詩人
at 2005年09月20日 00:37
張當然是美女囉,就算我說不算,也不會有人相信我的(當然我沒有說不算的意思!)。其實也不算熟識,就只是認識。因為認識了這美女了,所以說對我多好這件事,不算。
Posted by MF
at 2005年09月20日 00:44
馬賽魚湯會讓我想到大仲馬的《基督山恩仇記》。
看你對我多壞,馬賽魚湯,這次可無法用榮格的念力就吃得到,要畫餅充飢了。
看你對我多壞,馬賽魚湯,這次可無法用榮格的念力就吃得到,要畫餅充飢了。
Posted by 運詩人
at 2005年09月20日 00:56
其實,一般來說,法式餐點裡,是沒有湯的,因為他們覺得那是窮人吃的。不過,馬賽魚湯倒是個例外,偶爾可以在一些餐廳裡吃得到,而且也可以在超市裡--也就是比較家常的地方--看得到有魚湯的包裝。
東西剛買了,不過還有其它的得要先吃掉,我會試著做看好不好吃的。
東西剛買了,不過還有其它的得要先吃掉,我會試著做看好不好吃的。
Posted by MF
at 2005年09月20日 02:11
成果如何?好吃嗎?
如果試驗成功的話,記得回來後多做幾次。﹝潛台詞:我也想吃啦﹞
如果試驗成功的話,記得回來後多做幾次。﹝潛台詞:我也想吃啦﹞
Posted by 運詩人
at 2005年09月20日 13:19
我上了網路,仔細地看過了,原來馬賽魚湯,並不是我以前吃的那樣--當然,也不是我昨天買的那麼簡單--我昨天在超市,買的是利樂包式的魚湯,我還沒做來試吃,就明天了。但是,我發現得要加上其它的料理,明天一起試看看。
下午去買了其它的佐料,還有幾本書,就這樣過了一天。我覺得書好像不用再買了,倒是可以買一些吃的回台灣,說不定台灣的加樂福,沒有買西式料理的食材。
下午去買了其它的佐料,還有幾本書,就這樣過了一天。我覺得書好像不用再買了,倒是可以買一些吃的回台灣,說不定台灣的加樂福,沒有買西式料理的食材。
Posted by MF
at 2005年09月21日 05:48
魚湯煮來吃過了,很不錯。但不算是馬賽魚湯。
Posted by MF
at 2005年09月23日 08:41
